Into The Wild...J'ai vécu six mois en ermite au bord du lac Baïkal

Le recours aux forêts, solution à tous les maux de l'existence. Pour assouvir son besoin de liberté, Sylvain Tesson a trouvé une solution radicale : s'enfermer seul dans une cabane, en pleine taïga sibérienne, pendant six mois. Journal de bord.

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Je me suis installé pendant six mois dans une cabane au sud de la Sibérie, sur les bords du Baïkal. Le temps pressait. Avant 40 ans, je m'étais juré de faire l'expérience du silence, de la solitude, du froid. Demain, dans un monde de 9 milliards d'humains, ces trois états se négocieront plus cher que l'or. J'étais à l'étroit dans la nature de France. Le jour où j'ai lu dans une brochure ministérielle qu'on appelait les coureurs des bois des « usagers d'espaces arborés», j'ai su qu'il était temps de gagner la taïga. Une fuite, la vie dans les bois? La fuite est le nom que les gens ensablés dans les fondrières de l'habitude donnent à l'élan vital. Un jeu? Comment appeler autrement la mise en scène d'une réclusion volontaire devant le plus beau lac du monde? Une urgence? Assurément ! Je rêvais d'une existence resserrée autour de quelques besoins vitaux. Il est si difficile de vivre la simplicité.

Ma cabane fut construite par des géologues soviétiques dans les années brejnéviennes. C'est un cube de rondins, de trois mètres sur trois, chauffé par un poêle en fonte. L'isba s'élève sur un cap de la rive ouest du lac Baïkal, dans la réserve naturelle de la Lena, à quatre jours de marche du premier village et à des centaines de kilomètres d'une piste. Elle s'appuie sur des versants granitiques hauts de 2 000 mètres. Un boqueteau de cèdres la protège des rafales. Les arbres donnent leur nom au lieu-dit Les-Cèdres-du-Nord. Devant la carte, j'ai pensé que « Cèdres-du-Nord » sonnait comme un nom de résidence de personnes âgées. Après tout, il s'agit bien de cela : j'entre en retraite.

On n'accède chez moi que par l'air ou l'eau. J'arrive un soir de février après deux jours de voyage en camion sur la glace. Quatre mois par an, les eaux du lac Baïkal sont gelées. La solidité du manteau, épais d'un mètre, autorise la circulation. Les Russes y font rouler des camions, des trains. Parfois, la glace craque; un véhicule et son passager sombrent dans les eaux silencieuses. Y a-t-il plus beau tombeau qu'une faille de 25 millions d'années?

Pour le naufragé jeté sur un rivage, rien n'est poignant comme le spectacle d'une voile disparaissant dans le lointain. Mes amis d'Irkoutsk me déposent sur la berge et s'en retournent à la ville, 500 kilomètres au sud. Je regarde le camion se fondre à l'horizon. 33 °C en dessous de zéro. La neige, le froid, les craquements de la glace. Une rafale soulève le grésil. Six mois à vivre ici. Je vais enfin savoir si j'ai une vie intérieure.

Quatre caisses remplies de matériel, de pâtes et de Tabasco sont rangées sous l'auvent. Le piment mexicain permet d'avaler n'importe quoi en ayant l'impression de manger quelque chose. A Irkoutsk, ma liste de courses ressemblait à un inventaire d'orpailleur du Klondike: cannes à pêche, lampes à huile et raquettes à neige. J'ai aussi acheté une icône de saint Séraphim de Sarov, l'ermite du XIXe siècle qui se retira dans les bois et apprivoisa les ours. Pour vivre, il faut des livres, de quoi pêcher, quelques bouteilles et beaucoup de tabac. Ce n'est pas fumer qui tue, c'est ne pas vivre comme on l'entend.

Premier geste sur le seuil de l'isba: je jette six bouteilles de vodka dans la poudreuse. A la fonte des neiges, quatre mois plus tard, je les retrouverai. Ce sera le cadeau de l'hiver au printemps. J'ai toujours préféré la météorologie à la politique : les saisons glissent. Il n'y a que l'homme pour s'accrocher à son fauteuil.

Recette du bonheur: une fenêtre sur le Baïkal, une table devant la fenêtre. Je vais passer six mois à la mode russe : assis devant le thé, le regard à travers le carreau, la main sur la joue dans la position du Dr Gachet peint par Van Gogh. Je suis venu ici me réconcilier avec le temps. Je veux lui demander de m'apporter ce que les immensités ne me procurent plus: la paix. Je veux regarder passer les jours par le vasistas de ma solitude.

Au-dessus du châlit, je cloue une planche de pin et y range les livres de la quatrième caisse. J'ai emporté Michel Tournier pour les songeries, Grey Owl pour l'exemple, Mishima pour les froids d'acier. J'ai trois comédies de Shakespeare et les Odes de Segalen, Marc Aurèle, Jünger, Jankélévitch et des polars de la « Série Noire» parce que, tout de même, il faut souffler. De la poésie chinoise pour les insomnies, Déon pour la mélancolie, Lawrence pour la sensualité. Les Mémoires de Casanova, aussi, parce qu'il ne faut jamais voyager avec des lectures évoquant le pays où l'on séjourne. Par exemple, à Venise, lire Lermontov. Enfin, un tome de Schopenhauer, mais je ne m'étais pas représenté que je n'aurais pas la volonté de l'ouvrir. Les mille pages du Monde finissent en socle à bougeoir.

Chaque jour passe, se dresse à l'aube, offert en page blanche. Vivre en cabane, c'est l'expérience du vide: nul regard pour vous juger, nulle compagnie pour vous inspirer, pas de garde-fou. La liberté, ce vertige. Dans les cabanes, certains solitaires finissent en clochards, ivres morts sur un lit de mégots et de boîtes de conserve. L'impératif pour vaincre l'angoisse, c'est de s'imposer un rythme. Le matin, je lis, j'écris, je fume, apprends de la poésie, je dessine et joue de la flûte.

Puis ce sont de longues heures consacrées à la vie domestique: il faut couper le bois, entretenir le trou à eau, déblayer la neige, installer les panneaux solaires, préparer les lignes de pêche, réparer les avanies de l'hiver, griller le poisson. Agir réchauffe. Je m'habitue à la vie par moins 30 °C. Je ne chasse pas. Je trouve d'une impolitesse inouïe de dézinguer le peuple des forêts où l'on séjourne en invité. Aime-t-on que l'étranger vous agresse? En outre, cela ne blesse point ma virilité que des êtres plus beaux, plus nobles et mieux découplés que moi vaquent en liberté dans les sous-bois immenses. L'après-midi, j'explore mon domaine, cours les bois, repérant les traces de cerfs, de loups, de lynx et de visons.

Souvent, je grimpe dans la montagne. Le Baïkal se révèle, au-dessus de la ligne des arbres. Ce lac est un pays. Baies et caps sinuent sur l'ivoire des glaces. A 80 kilomètres vers l'est, les sommets de la Bouriatie annoncent les steppes mongoles. Moi qui sautais sur chaque seconde de la vie pour lui tordre le cou et en extraire le suc, j'apprends à fixer le ciel pendant des heures, assis près d'un feu de bois, méditant sur des questions cruciales: y a-t-il des pays en forme de nuage?

Parfois une tempête balaie la neige. La glace du lac se découvre vive, pure, veinée de nervures turquoise. On croirait ces photographies d'écheveaux neuronaux sorties des microscopes. Lorsque je patine sur le miroir gelé, un kaléidoscope psychédélique défile sous mes lames: je glisse sur un songe, profond de mille mètres.

Parfois une mésange vient toquer au carreau. Les mésanges n'ont pas le snobisme de ces oiseaux qui passent l'hiver en Egypte. Elles tiennent bon et gardent la forêt dans le gel. Je leur parle. Je converse aussi avec les arbres, les lichens et moi-même. Parler seul est le plaisir de l'ermite. Lorsqu'il revient en société, il ne supporte pas d'être interrompu. Je préfère la nef des houppiers aux ogives des églises. Dans la vie, il faut choisir sa voûte. J'aimerais bien croire aux dieux antiques, m'adresser aux nymphettes, espérer les ondines. Hélas, la lucidité m'a asséché le cœur: je ne peux que jouer à vénérer les fées. Avoir la foi, souvent, c'est faire semblant.

La solitude ne me pèse pas. Elle est fertile: quand on n'a personne à qui exposer ses pensées, la feuille de papier est un confident précieux et, de surcroît, jamais las. Le carnet de notes prend la valeur d'un compagnon poli. La solitude impose des devoirs. Seul, il faut s'efforcer à la vertu pour ne pas se faire honte. Le défi de six mois d'ermitage, c'est de savoir si l'on réussira à se supporter. En cas de dégoût de soi, nulle épaule où s'appuyer, nul visage pour se lustrer les yeux : Robinson finit dans la soue lorsqu'il doute de lui. L'inspecteur forestier Chabourov, qui m'a déposé sur cette grève le premier jour, le savait. Il m'a glissé, énigmatique, en se touchant la tempe: « Ici, c'est un magnifique endroit pour se suicider. »

Tous les 20 ou 30 kilomètres, un poste de garde abrite un inspecteur de la forêt. Mes voisins viennent me rendre visite à l'improviste. Ils s'appellent tous Vladimir. Ce sont des Russes des forêts : ils aiment Poutine, regrettent Brejnev et entretiennent à l'endroit de l'Occident la méfiance du paysan pour le petit-bourgeois. Ils refuseraient pour toute la fortune de l'oligarque Abramovich de retourner en ville. Comment supporteraient-ils l'entassement, eux qui ouvrent leur porte, chaque matin, sur une plaine liquide où cinglent les oies sauvages ? Ils tiennent leur domaine comme des seigneurs féodaux, fusil à l'épaule, loin de la loi moscovite. La liberté : fille naturelle de la vie dans les bois.

Parfois un pêcheur s'arrête chez moi. Rituel: je débouche la vodka, et l'on vide trois verres. Le premier à la rencontre, l'autre au Baïkal, le troisième à l'amour. On verse une goutte sur le plancher pour les dieux domestiques. Mes visiteurs m'annoncent les nouvelles du monde : les marées noires, les émeutes de banlieue, les crises financières et les attentats. Les nouvelles ont été inventées pour convaincre les ermites de demeurer dans leur retraite.

Février passe, glacial; mars, lentement, et avril, ouaté. L'hiver russe est pareil à un palais de glace: lumineux et stérile. Un jour, quelque chose change à la surface. La glace se gorge d'eau, signe de débâcle proche. Le 22 mai, les forces du printemps mènent l'assaut, ruinant les efforts de l'hiver pour ordonnancer le monde. Un orage secoue le manteau de glace, les blocs explosent, libèrent des pans d'eau qui submergent les éclats du vitrail. Un arc-en-ciel relie les rives que les premières escadres de canards gagnent à tire-d'aile. L'hiver a vécu, le lac s'ouvre, la forêt s'anime. Les ours réveillés rôdent sur les berges, les larves transpercent l'humus, rhododendrons et azalées fleurissent, les fourmis ruissellent sur les flancs de leurs cités d'aiguilles. Les bêtes savent que la douceur ne durera pas et qu'il faut se reproduire dans l'urgence. La nature, contrairement à l'homme, ne pense pas qu'elle a tout son temps.

C'est alors qu'un inspecteur de la réserve me fait cadeau d'Aïka et Bêk, deux chiens sibériens âgés de quatre mois. Jusqu'alors, je me méfiais des chiens et citais Cocteau : « J'aime les chats parce qu'il n'y a pas de chats policiers. » Mes deux compagnons aboient quand l'ours arrive. Par deux fois, nous tombons nez à nez avec de beaux spécimens d'Ursus arctos, maraudant sur les grèves. L'ours sait que l'homme est un loup pour l'ours et, à chaque fois, les fauves disparaissent dans les saules nains après quelques secondes de face-à-face. Pour vivre heureux, passer son chemin.

Mes chiens s'attachent à mes pas. Ensemble, pendant trois mois, nous battons la forêt, courons sur les sommets, vivons en trolls norvégiens: campant sur le lichen des plateaux toundraïques, nous réchauffant au feu des bivouacs, déjeunant des poissons que je tire à la ligne. A la fin, nous dormons tous les trois enlacés. Je ne raillerai plus jamais les vieilles dames gâtifiant devant leur caniche sur les trottoirs des sous-préfectures de France.

Quand les derniers glaçons ont libéré les eaux, je glisse en kayak sur le lac. La taïga vert de bronze passe, austère. L'armée des pins défile, baïonnette au canon. Le silence se déchire du cri d'un corbeau. Un phoque d'eau douce lève la tête hors de l'eau et considère l'embarcation qui fend la soie. Le brouillard s'accroche aux mélèzes : le lac se juche sur la grève. Les talus sablonneux marbrent les rives de plaques d'or. Les cascades ruissellent sur les falaises : libérées, elles viennent prendre les eaux. Un orage de juillet déchire le ciel en charpie. Quand les nuages coiffent les crêtes, il faut regagner la rive car, ici, la tempête s'abat en dix minutes. Chacun de mes voisins a perdu un ami, un fils, un frère, avalés par les vagues.

Le génie de ces lieux se confirme au fur et à mesure que mes yeux en connaissent chaque repli. Vieux principe de sédentaire: on ne se lasse pas de la splendeur devant laquelle on vit. La lumière est là pour nuancer les visages de la beauté. Celle-ci se cultive, se fouille. Seuls les voyageurs pressés l'ignorent. Finalement, avec la vodka, l'ours et les tempêtes, le syndrome de Stendhal est le seul danger qui menace l'ermite.

Un jour, je dois rentrer, quitter mes bêtes, fermer la porte, charger mes caisses dans le bateau qui m'attend. Je ne savais pas que la fourrure des chiens absorbait si bien les larmes. Je quitte ma cabane où j'ai réussi à faire la paix avec le temps en privilégiant l'immobilité du stylite à la fièvre du vagabond, la vérité de l'instant aux impostures de l'espoir. J'aurais dû me rendre compte plus tôt que les statues ont l'air apaisées.

Si cela se trouve, nous finirons de plus en plus nombreux en cabane. A mesure que le monde se confirmera invivable - trop bruyant, trop peuplé, trop confus et trop chaud -, certains d'entre nous gagneront les bois. La forêt deviendra le recours des exilés de leur époque. De petites communautés se replieront sous les futaies, défricheront des clairières, s'y créeront une vie joyeuse, protégée du fracas moderne, hors de portée des tentacules urbains. Dans l'Histoire, à chaque fois que le monde s'est embrasé, les bois ont tendu le refuge de leurs nefs. Le tonnerre de la technique, les tremblements de la guerre roulent jusqu'à l'orée des frondaisons mais n'y pénètrent pas. L'autorité des villes s'arrête, elle aussi, aux lisières. Et les forêts, rompues à l'éternel retour des printemps, ne s'étonnent jamais que des âmes mélancoliques viennent chercher refuge sous leurs voûtes.

La consolation des forêts: savoir qu'une cabane vous attend quelque part, où quelque chose est possible.

Article du lefigaro.fr du 24/09/10
http://www.lefigaro.fr/voyages/2010/09/25/03007-20100925ARTFIG00002-j-ai-vecu-six-mois-en-ermite-au-bord-du-lac-baikal.php
Modifié il y a 9 ans
Merci Cyrille !
Je trouve ce type très attachant : souvent une démarche implacable, entière, doublée d'une manière d'en faire part un poil romanesque, par moment profonde mais jamais spectaculaire ni racoleuse.
Un bon ferment de bouquin… déjà dans les "tuyaux".
Modifié il y a 9 ans
Ma voix sera discordante : cet article du Figaro me fait une impression des plus désagréables, par ses messages de misanthropie, d'élitisme méprisant.

du silence, de la solitude, du froid. Demain, dans un monde de 9 milliards d'humains, ces trois états se négocieront plus cher que l'or.
Passe encore que Sylvain Tesson se fasse chantre du mythe du RCA, "Réchauffement climatique d'origine anthropique", il a l'excuse d'avoir été absent au moins six mois, il peut ignorer que dans l'intervalle ce mythe médiatique a pris des volées de plomb, et s'est bruyamment abattu.

Six mois d'oisiveté, six mois de provisions. Il en a des provisions d'avance, cet homme de droite qui a droit à l'oisiveté qu'il veut, sans rien donner en échange aux autres…

Pas la moindre mission scientifique, ou d'observation, ou d'entretien de quoi que ce soit. Juste la promesse à son éditeur qu'à son retour ils feront des affaires, médiatiques, pour taper contre le populo, et contre les pauvres de la planète.

Certes, j'avoue que moi aussi, j'aime bien la solitude et la forêt, que j'aime fuir l'envahissante sottise des touristes. Seulement moi, la violence que j'ai fui toute ma vie sans vraiment réussir à la combattre, n'est pas une violence populaire, mais une violence bourgeoise, plus policée, plus organisée, implacable. Dans ma famille, nous avons lutté contre les guerres coloniales, et pour la décolonisation. Enfin non, pas tous, seulement mon père et moindrement son plus jeune frère (tandis que les matriarques poursuivaient leur guerre de misandrie contre tous les mâles qu'elles avaient sous la main, fils et frères inclusivement).

Excepté ses voisins immédiats, forestiers, Sylvain Tesson ne parle des autres humains que comme d'une menace informe, dont il ne sait guère que leur nombre, excessif à ses yeux car menaçant ses privilèges :
A mesure que le monde se confirmera invivable - trop bruyant, trop peuplé, trop confus et trop chaud -

Voilà pourquoi, même s'il parle du lac Baïkal et de la taïga, Sylvain Tesson m'est extrêmement désagréable à lire. Et je refuse de l'écouter en vidéo.

Je pourrais taper aussi sur ses commentaires sur ses choix de lectures, mais on pourrait me retourner les compliments : emporter des manuels de physique quantique à l'hôpital où l'on va m'enlever une moitié de poumon, cela aussi peut être évalué comme une manifestation de snobisme élitiste.

Je serais plus sévère sur ses provisions de tabac, et de vodka.
quelques bouteilles et beaucoup de tabac. Ce n'est pas fumer qui tue, c'est ne pas vivre comme on l'entend.
Passe encore pour la vodka, si elle est un ingrédient indispensable de la vie sociale en Sibérie. Mais c'est bien un cancer du poumon et ses métastases, qui ont emporté mon père, fumeur.

Et toujours ce privilège de "vivre comme on l'entend". Tiens justement, parlons-en des petites ouvrières qui filent, tissent, assemblent les vêtements de nos parades :
http://www.liberation.fr/economie/01012290919-personne-ne-voudra-m-epouser
«Personne ne voudra m’épouser»
Portrait

Tusharkana, 22 ans. enrôlée à 17 ans, elle est tombée malade chez KPR.

Par JULIA PASCUAL (au Tamil Nadu)

Elle a d’abord fait des réactions allergiques. Puis des cicatrices ont maculé ses mains. Sa peau s’est éclaircie. Les doigts de ses mains se sont figés. «Aujourd’hui, je ne peux plus les tendre ; j’ai le même problème aux genoux», dit Tusharkana, 22 ans. C’est ainsi qu’elle a quitté une des usines de KPR, après un an et demi de travail. «Je ne sais pas ce qui a causé cette maladie. Peut-être la chaleur des machines, ou les produits chimiques que j’utilisais pour les nettoyer.» A 17 ans, un broker l’a entraînée à KPR. Lui faisant miroiter une enveloppe de 30 000 roupies (500 euros) au bout de trois ans. L’école, elle n’y a plus mis les pieds depuis qu’elle a 9 ans. «Je vivais avec mon oncle et travaillais aux champs, pour 30 à 40 roupies par jour [entre 50 et 67 centimes]». A KPR, elle en gagnait 1 000 par mois, vivait en foyer. «Aujourd’hui, je vis de nouveau avec mon oncle et personne ne voudra m’épouser», croit-elle, résignée. L’ONG Arunthathiyar Human Rights, qui défend les intouchables, a sollicité la Commission nationale pour les femmes. «KPR n’avait pas cotisé à l’assurance maladie.» Le groupe a fini par lui verser 12 000 roupies (200 euros). Un procès est en cours pour non-respect du salaire minimum.

http://www.liberation.fr/economie/01012290918-une-boule-de-coton-dans-les-poumons
Une boule de coton dans les poumons
Portrait

Sulhaba, 19 ans. Embauchée comme nettoyeuse à 14 ans.

Par JULIA PASCUAL

«J’ai commencé à travailler à 14 ans. Des 35 roupies par jour que je gagnais comme nettoyeuse, 15 étaient retirées de mon salaire pour la nourriture et le logement que mon employeur me fournissait.» Sulhaba amassait donc péniblement 20 roupies (0,33 euro) pour huit heures trente de travail. L’usine était située à près de 300 km de son village natal. Elle y est restée deux ans et demi. «Lorsque je voulais sortir m’acheter un en-cas, un surveillant m’accompagnait.» Du repos dominical promis, elle n’a pas vu la couleur. Ses parents ont été autorisés à lui rendre visite, lorsqu’elle est tombée malade, au bout d’un an. «Il m’arrivait de m’évanouir. J’ai eu des problèmes respiratoires, et des saignements continus pendants deux mois.» Elle a quitté l’usine et s’est fait opérer. Les médecins lui ont retiré une boule de coton. D’où ? «Je crois que c’était les poumons», hasarde-t-elle. Ses parents ont dépensé 20 000 roupies (330 euros) pour l’opération. Son ex-employeur lui a assuré qu’elle serait indemnisée. «Ça fait deux ans que j’attends.» Les saignements ont disparu mais Sulhaba a toujours des règles irrégulières et des douleurs chroniques à l’estomac. Avec une ONG, qui lui vient en aide, ils envisagent des recours en justice et lui font prendre des cours de couture.

Ah oui, mais c'est leur faute, n'est-ce pas, à ces petites ouvrières issues de la détresse de la campagne : elles n'ont qu'à être moins nombreuses…

Tant qu'à faire de délivrer un message, voici celui que je préfère, même si au final, il est de troisième main :
Les Saintes est un petit archipel au SW de la Guadeloupe.
Aux Saintes, tout le monde votait conservateur, pour le parti au pouvoir, sauf un. A chaque élection, il y avait un vote communiste, un seul. A chaque lendemain d'élections, les autres allaient lui casser la gueule.
Et pourquoi cette fidélité ? Quand il était à Paris comme un chien perdu, sans toit et sans argent, il avait été hébergé et guidé par des militants communistes. Il n'a jamais oublié.
Je ne saurai jamais leur nom, ni même dans quelle commune ou arrondissement : les témoins sont décédés, à présent. Et je n'oublierai pas non plus la petite caravane de la CGT à l'usine Renault, où l'on aidait les travailleurs immigrés, illettrés ou presque, à remplir les imprimés de Sécurité Sociale.

La misanthropie et l'élitisme méprisant, je suis contre.
Modifié il y a 9 ans
J'aime bien le texte de Tesson et son courage physique, ce recours aux forêts vanté par Ernst Jünger dans "le traité du rebelle ou le recours aux forêts", et j'espère que l'amour des lieux sauvages et des montagnes restera longtemps au-delà de la politique et de ses tristes divergences.

j'ai toujours eu des amis de tous les bords en montagne et nous avons toujours été réunis par notre passion commune, être là-haut…

vivement l'hiver.

Jean-Christophe

Talon libre
Libère ton talon, libère ton esprit…
http://www.montagn.com
Modifié il y a 9 ans
Faut te faire une raison : tout le monde n'est
pas de gauche . Y a mème un foutu paquet de gens
qui n'ont pas envie d'ètre étiquetés " de gauche "
ou " de droite " et qui aiment simplement la vie
au grand air, la solitude, la forèt ….
Sais pas si c'est un gros con, ce type , mais si
j'avais été dans le coin, j'aurais pas hésiter a
tirer une clope en sa compagnie en vidant quelques
verres de vodka
Modifié il y a 9 ans
Tiens , le JC ! T'es de retour ?
En un seul morceau ?
Modifié il y a 9 ans
Et oui de retour, sans opération… même si les neurones auraient peut-être besoin d'une intervention…

J'aurais aussi bien partagé une clope et une vodka, ou peut-être un bon cigare cubain (mon seul côté castriste!) dans cette cabane au coin du feu, sinon je préfère partager qu'être solitaire.

Il faudra bien que l'on plie ensemble le genou sur quelques virages cet hiver Robert! :lol:

Talon libre
Libère ton talon, libère ton esprit…
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Modifié il y a 9 ans
Robert a écrit :
Faut te faire une raison : tout le monde n'est
pas de gauche.
Je n'en demande pas tant, et ce serait folie que d'en demander tant.
Mais ce serait folie que de me demander de ne plus évaluer la maturité d'un adulte à sa réflexivité.

… tirer une clope
talonlibre a écrit :
… une clope et une vodka, ou peut-être un bon cigare cubain
Ça ne vous dérange pas si je tousse ?
Modifié il y a 9 ans
Meuh non, Jacques , tousse , tousse !

Tiens si je m'isole quelques mois dans une cabane
j'emmènerai Casanova ( bien sur ) et " Pour la réflexivité dans les logiques, y compris en psychologie " …

J'emmènerai aussi mes clopes, ma vodka et quelques
batons de dynamite ( c'est pratique pour la pèche …smile
Modifié il y a 9 ans
Belles photos par Thomas Goisque

Les remarques de Jacques m'ont peut-être conditionné avant de lire l'article, mais c'est vrai que ses longues tirades au retour, les visites officielles sur place et les speechs en vidéo sur les toits de Paris (pas écouté en entier) tranchent pas mal avec sa fameuse recherche de silence et de solitude ;-) …

Edit: c'est un pote à Nicolas Vanier?
Marc
Papa pulkeur depuis 2005
Webmaster et communication pour Nordic Spot
Illustrations pour Ski Randonnée Nordique
Modifié il y a 9 ans