Article de larepubliquedespyrenees.fr:
Malgré la diversité de l'offre, la montagne a du mal à attirer les touristes, qui recherchent des activités ludiques et familiales. Mais les choses pourraient évoluer.

La montagne ne fait plus rêver alors que c'est le paradis sur terre. » Ce constat fait par Laure Angla-Grée, à l'office de tourisme des Eaux-Bonnes, est, depuis trente ans, bien réel. La montagne est cette année la dernière destination de vacances en France après la mer, la campagne et la ville ! « Toutes les études le montrent : en vacances, on veut du farniente », poursuit Laure Angla-Grée. Loin de la montagne héroïque des débuts, loin des valeurs montagnardes faites de liberté, goût de l'effort gratuit, école de vie, maîtrise de soi, etc. « Le vacancier montagnard est un consommateur qui cherche du ludique, de l'immédiat, qui zappe facilement les activités ».

« Partir à l'aventure, ça n'existe plus », constate Yves Caliot, président départemental des accompagnateurs en montagne. « Dans les années 80, on remplissait des groupes facilement pour des randos de plus de 1 000 mètres de dénivelé. Maintenant, il faut une raison à la balade, on revient à quelque chose de plus familial, plus ludique », constate-t-il.

« C'est le siècle du zapping »

Outre les nouvelles pratiques développées depuis 30 ans comme le canyoning, on multiplie les équipements tels les vias ferratas, les murs d'escalade et on constate un fort attrait pour l'eau. « Pour les enfants, on diversifie l'offre : escalade, VTT, canyoning car ils veulent tout essayer », explique Laure Angla-Grée. « L'eau reste un gros attrait, on fait facilement une rando familiale vers les lacs. Pour motiver, on a mis en place les passeports tamponnés au bout de quatre balades. C'est une récompense palpable », poursuit-elle. « Pour la rando, il faut quelque chose d'exotique, de personnalisé, de thématique ; les gens demandent des explications sur la faune, la flore, l'histoire », développe Yves Caliot. « Il faut que ce soit moins dur, moins long et qu'on apprenne quelque chose », résume-t-il.

« C'est le siècle du zapping » constate Pierre Hourcade, du Club alpin français (CAF). « Pour l'escalade, on préfère grimper dans les salles ou les vias ferratas plutôt qu'en milieu naturel. En s'inscrivant au CAF, les gens accèdent à un droit à des activités, mais le collectif n'existe plus. On zappe sans s'impliquer », remarque-t-il. « Pareil pour les secours, c'est gratuit, on en profite ». Bernard Pez, guide depuis des décennies, fait les mêmes constats : « L'effort pour l'effort a diminué dans notre société. »

Une nouvelle génération en quête de valeurs arrive

Face à une clientèle de plus en plus urbaine et coupée de la nature, il y a pourtant moyen d'inverser les tendances. « La diversité d'activités est là, ça ne changera pas. Proposer en montagne les mêmes activités qu'ailleurs ne marchera pas. On peut l'utiliser pour faire connaître autre chose. Une nuit en refuge c'est bien », assure Bernard Pez. « Le retour aux sources et aux valeurs commence à se faire ressentir chez les quadras », anticipe Pierre Hourcade.

Car la demande nature est là. On le voit l'hiver avec l'engouement pour les raquettes et le ski de randonnée. On le constate aussi l'été avec le succès des rencontres avec les bergers, des sorties à thème (météo, flore, étoiles…smile. « On ne marche plus mais ça reviendra. Je crois aux valeurs de la montagne », insiste Laure Angla-Grée. Alors à l'image des Espagnols, jeunes comme vieux, qui arpentent nos sentiers, les Français vont-ils retrouver le goût pour l'ivresse des sommets ? « Je ne sais pas comment faire venir les gens. Mais ce que je sais, c'est qu'après la balade, ils ont envie de revenir », assure Yves Caliot. Allez, encore un effort, le paradis est au bout !


===> Avoir le pied montagnard, ça se gagne !


Autrefois acteur incontournable de la découverte en montagne, le guide de haute montagne devient un homme rare.

« Peut-être qu'avec le développement des topo-guides, moins de gens passent par les bureaux des guides », suppose Yves Caliot. « On ne veut pas payer pour marcher », avance Pierre Hourcade. Mais pour Bernard Pez, il y a aussi « la façon de présenter la montagne ». Seulement 80 guides arpentent aujourd'hui les pics pyrénéens. Et encore, ils vont souvent dans les Alpes ou ailleurs pour compléter leur emploi du temps.

« La façon de présenter est importante. L'escalade donne le vertige, le canyon c'est de la glisse ludique… On peut rester dans ces clichés mais on peut aussi expliquer que c'est différent », développe Bernard Pez. « Par exemple, si je propose une initiation à l'escalade, je ne vois personne. Si je propose l'acquisition du pied montagnard, j'ai 40 personnes », poursuit-il. « Le pied montagnard ? C'est essentiel : savoir s'équilibrer, s'adapter au terrain, doser son effort. Si on tremble, il faut baisser le talon, savoir doser sa respiration… On peut être un excellent grimpeur en salle et un mauvais montagnard », poursuit-il. « Pour l'escalade, on propose de petits circuits à deux mètres du sol, avec petite montée, traversée… On prend déjà une heure pour apprendre à s'équilibrer. »

« Quand les gens viennent au bureau des guides pour faire l'Ossau ou du canyoning, on leur parle d'abord du pied montagnard », poursuit Bernard Pez. « Si on a un bon contact au départ, on peut faire plein d'activités. Et pour éviter le zapping, on essaie de suivre au moins deux fois le client pour maintenir l'envie. La montagne est un milieu très varié, passionnant à découvrir. L'escalade est juste un outil pour mieux profiter. La montagne, c'est aussi des sensations », rappelle-t-il.

Article de Laurent Vissuzaine
Publié le 18 août 2011
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