Groenland Côte Est- Ski pulka à Tasiilaq

Un petit  CR de nos vacances en mars 2018 à Tasiilaq
Toujours les mêmes questions qui reviennent dès le mois d’octobre : où partir randonner en ski en mars et surtout avec qui…
Le groupe se monte au fil des demandes et des propositions : ce sera avec une ancienne camarade de promo qui fera sa première rando en ski/pulka ; à la salle d’escalade de Gap je rencontre un second partenaire qui a déjà de l’expérience dans ce genre de voyage. Eux ne se connaissent pas, ils se verront le temps d’un repas avant le départ.
Reste le choix de la destination, on est tous d’accord pour le Groenland et notamment pour un tour sur la presqu’île de Nugssuaq au sud d’Uummanaq. Mais mi-janvier 2018 le fjord d’Uummanaq n’est pas pris par la banquise, et suite à des échanges avec des locaux ceux-ci confirment que la situation n’est pas terrible mais qu’en mars la banquise sera probablement là …sauf si. Nous commençons à douter : on n’aimerait pas se retrouver sur la petite île d’Uummanaq avec une banquise trop fine pour le ski mais trop épaisse pour un éventuel transfert en bateau. Fin janvier, il faut se décider, et nous laissons tomber Uummanaq pour finalement choisir la côte Est : Kulusuk ou Ittoqqortoormiit. La seconde destination est un peu plus dure à atteindre, outre 2 correspondances en Islande les vols ne sont que le mardi et le jeudi ce qui rend difficile d’optimiser la pose des congés.  Ce sera donc Kulusuk.
Pour moi qui ai déjà visité la région plus jeune en mars 2007, ce sera l’occasion de tester ma mémoire.
Nous achetons les billets fin janvier Paris-Reykjavik avec IcelandAir et Reykavik-Kulusuk avec Air Iceland.
Reste l’itinéraire, les grands glaciers des montagnes juste au nord du village de Kuummiut (à 50 km au nord de Kulusuk) semblent un beau terrain de jeu. Reste aussi à organiser le transfert jusqu’à Kuummiut ; les agences contactées nous répondent qu’on verra sur place le jour même si quelqu’un a un bateau à l’eau. Nous dessinons alors les grandes lignes du périple : 2,5 semaines pour relier Kuummiut à Tasiilaq.
Pour ce qui est des ours, ils sont apparemment plutôt rares dans le coin mais plusieurs récits sur internet mentionnent des observations et même des contacts (visite de campement…) dans toute la région. En effet, des plantigrades dérivent du nord avec les plaques de banquises, on nous conseille d’ailleurs de prendre un fusil sur place.
 
Lundi  19 mars (J-1)
La météo se précise pour la fin de semaine où nous serons sur place : grosse tempête pendant au moins 3 jours avec vents moyens à 20 m/s. Petit moment de doute, est-il raisonnable d’aller à Kuummiut sachant que de là il y aura 180 km obligatoires à parcourir pour revenir en ville. Nous préférons jouer la prudence et nous réservons au dernier moment la navette hélicoptère entre Kulusuk et Tasiilaq. Sur place, dans la grosse ville du coin nous pourrons mieux aviser sur notre destination : boucle au départ de Tasiilaq si la mauvaise météo se confirme ou transfert en bateau à Kuummiut si le temps s’améliore.
 
Mardi 20 mars, mercredi 21 mars, jeudi 22 mars
C’est parti pour le grand voyage : Chorges-Lyon en voiture le mardi soir. Mercredi Lyon-Roissy en TGV, Roissy CDG-Keflavik en avion, nuit d’auberge en Islande. Longue marche jusqu’à l’aéroport de Reykjavik. On n’est pas trop de trois pour porter les 3 pulkas, les skis et tout le matériel y compris glaciaire (cordes, crampons, baudrier…). L’avion décolle pour Kulusuk sous le soleil islandais et à peine 1h30 plus tard nous voici enfin sur place à 10 h heure locale. Le temps est très couvert. L’hélico est à 15h ; on refait les bagages pour équilibrer les poids et profiter de l’absence de contrôle de sécurité pour mettre les choses lourdes en bagages à mains (crampons, hache…). A Tasiilaq nous donnons rendez-vous à Rasmus, contacté avant le départ qui gère l’agence Greenland Vacation et qui doit nous louer un fusil, un chien et peut être nous transférer à Kuummiut. Il confirme nos craintes, dans deux jours la tempête arrive, il nous propose cependant un plan : nous emmener en motoneige jusqu’au front de banquise de l’île de Qernertivartivit et de là un ami à lui nous emmènera en bateau à Kuummiut. Nous n’hésitons pas longtemps. Vu la météo nous allons nous retrouver coincés plusieurs jours sous la tente juste après le départ. Nous décidons de partir pour une boucle au départ de Tasiilaq. Nous attaquons les courses au Pilersuisoq qui ferme dans 45 min… Evidemment, vu la quantité de choses à acheter nous ne finalisons pas tous nos achats et nous partons vers l’extrémité nord de la ville pour monter le camp à l’écart. Rasmus nous rejoint au campement pour nous emmener le chien et le fusil. Nous rencontrons donc le 4ème compagnon : Storm un chien groenlandais plutôt massif mais très calme. Rasmus nous explique comment l’attacher, lui mettre son harnais, ses sacoches de portage remplies de croquettes et nous montre comment charger le fusil. Il commence à se faire tard, Rasmus nous laisse et Storm commence alors à pleurer et toute la nuit ses hurlements nous empêchent de dormir. Nous découvrirons plus tard qu’il suffisait de sortir avec une pelle en criant « Storm ».
 
Vendredi 23 mars
Debout à 6h, nous finissons les courses manquantes, le choix est assez limité dans les deux Pilersuisoq.  Pas de pates chinoises, une seule sorte de pain, de muesli et de fromage. Nous ferons avec. Nous achetons des pates cuisson normale pour compléter les cuissons rapides et la semoule emportées de France. Nous trouvons dans les deux magasins du benzine pour nos deux réchauds à essence et des cartouches de gaz (un de nos réchauds est multi combustibles)
A midi nous partons enfin, plein nord dans le golfe de Tasiilaq qui est bien gelé. Nous découvrons la randonnée avec le chien. Heureusement son tempérament calme se confirme, en traversant le chenil tous les chiens lui hurlent dessus mais il reste complètement indifférent et se contente de trottiner sur la piste de motoneige sans toutefois trop tirer sur son trait !  Rasmus nous a fourni un harnais de cani-cross mais il est aussi possible d’accrocher la laisse au harnais de la pulka ou à la ceinture ventrale du sac.
Bivouac à l’extrémité nord du grand lac de Qorlortoq So. Nous installons les 4 détecteurs de mouvements à pile emmenés de France à chaque angle de la tente. Autour du repas, nous allumons la centrale et 2 min après la sirène sonne. Nous pensons bien sûr à un faux positif mais nous sortons quand même vérifier. Et non ! Un chien errant tourne autour de la tente, il traine à son harnais 20 m de corde qui s’emmêle dans les ficelles de la tente… A force de cris et de menaces de pelle, il finit par fuir. Si les détecteurs ont bien marché, Storm lui n’a pas bronché….
 
Samedi 24 mars
Réveil à 5h45, ciel couvert, nous reprenons la « route », à savoir une grosse trace de motoneige qui relie Tasiilaq à Tiniteqilaq. 2h plus tard nous arrivons au lieu-dit du « Coffee Bar » : 3 cabanes privées et fermées pour les touristes et une autre ouverte mais assez rudimentaire : 4 planches, un toit, une porte, pas de fenêtre, des jours au niveau de la porte…. Mais tout de même, une grande banquette et une table. 

La tempête est prévue pour ce soir, il n’est que 10h mais on ne va pas se priver d’avoir un abri contre les vents annoncés. En attendant nous allons profiter des éclaircies pour monter sans les pulkas sur un contrefort du glacier Mittivakkat. Au sommet, nous distinguons le fjord Sermilik, mais le vent nous empêche de profiter  de la vue. Nous découvrons aussi la descente avec un chien de traineau, outre la difficulté de tourner avec des skis de randonnée nordique, il faut rajouter les grands coups de reins du chien qui court et tire tant qu’il peut !
Soirée dans la cabane, le vent se lève et siffle entre les planches, et nous calfeutrons le jour de la porte avec une bâche. Alors que le sommeil nous gagne, le vent ouvre la porte dans un grand fracas, neige et vent pénètrent dans la cabane le temps de vite nous barricader à nouveau dans notre abri.
 
Dimanche 25 mars
Tempête, vents, neige pas de visibilité nous n’essayons même pas de sortir. Nous faisons quand même le plein d’eau dans une portion de rivière non gelée. Entre deux parties de cartes un bruit étrange de bâche qu’on froisse attire notre attention. Nous nous précipitons dehors, Storm a réussi à attraper une pulka et s’est emparé d’un sac de fromage. Nous récupérons notre bien à l’aide d’une pelle et nous éloignons les 3 pulkas de la bête.  Nous découvrons aussi pourquoi il est utile de lui enlever son harnais chaque soir : il en a coupé une sangle pendant la nuit. L’aiguille et le fil vont servir !
A midi un autre événement inattendu se produit : quelqu’un ouvre la porte. Débarque alors un Groenlandais, Mickael, couvert de neige qui tremble de tout son corps, il a l’air épuisé. Il parle bien anglais et nous en apprend un peu plus sur sa situation, il est tombé en panne de motoneige la veille vers le glacier qui permet de rejoindre Tiniteqilaq. Il a passé la nuit dehors, dans un trou creusé avec la visière de son casque et s’est mis en route ce matin vers les cabanes. Il a pour tout équipement un sac en plastique et une canette de coca vide qui lui a permis de boire dans les trous d’eau. Il espère être pris en « stop » prochainement.
On lui offre le thé, le repas du midi, encore du thé et pour finir un duvet dans lequel il se glisse et s’endort presque immédiatement. On le réveille au soir pour le repas chaud mais l’appétit l’a quitté et il se rendort.
La nuit arrive, on se partage donc les deux duvets restants pour trois en dormant avec nos grosses doudounes.
Dehors, il vente et il neige et la hauteur de poudreuse au sol commence à être impressionnante…
 
Lundi 26 mars.
Neige et vent, toujours personne n’est passé sur cette portion pourtant très parcourue. Nous partageons donc notre quotidien avec notre compagnon d’infortune avec qui nous pouvons discuter ;  il est plombier, il a passé 20 ans au Danemark où il a appris l’anglais.
Nous décidons de faire une tentative à pulka pour rejoindre Tiniteqilaq et alerter quelqu’un que Mickael est ici et attend de l’aide. 2h plus tard et 500 m plus loin il faut se rendre à l’évidence, il y a trop de neige fraiche, nous n’atteindrons jamais le village et personne ne viendra chercher Mickael aujourd’hui. Nous le retrouvons dans la cabane pour un nouveau repas et nous nous préparons pour le partage de duvets nocturne. Il fait entre -5 et 0°C à l’intérieur.
23h. Alors que nous dormons un grand vacarme nous réveille, la porte est presque enfoncée et un assourdissant « Greenland Police here » raisonne dans la cabane. Un géant Danois couvert de neige entre. Tout de suite il est apaisant et nous explique qu’ils sont à la recherche de Mickael.
Rasmus fait parti des secouristes et nous donne la météo : encore un jour à tenir et le beau temps arrive. Mickael nous quitte, très reconnaissant. On apprendra au retour que l’opération était sérieuse, un avion avait été même dépêché sur la zone et attendait un créneau météo. Il aura fallu aux secouristes un convoi de 30 motoneiges pour ouvrir la piste. ! Un article de journal lu retour confirme la violence de la tempête à Tasiilaq : les vents ont dépassé les 35 m/s en rafale et les enfants n’avaient pas le droit de quitter l’école sans leur parents…
 Nous revoilà seuls dans la cabane mais cette fois avec un duvet par personne !
 
Mardi 27 mars
Le vent est un peu tombé mais la visibilité est nulle et il neige  et il tombe d’énormes flocons. Tout est recouvert de neige, les pulkas, les cabanes à touristes, la rivière… C’est impressionnant. Nous ressortons les cartes pour une nouvelle journée d’attente

 
Mercredi 28 mars
6h du matin, nous ouvrons la porte et voyons le ciel bleu. Le paysage est sublime, le soleil éclaire les sommets, tout est noyé dans une belle neige blanche. Nulles traces de passage où que l’on regarde, la vallée est à nous.
 
Nous décollons avec les pulkas direction Tiniteqilaq. La joie est de courte durée, 30 min plus tard nous avons parcouru quelque chose comme 200 m. Le chien dépasse à peine du sillon creusé par les pulkas. Continuer n’a aucun intérêt tant l’effort est intense. Si on veut bouger dans ces conditions ce sera sans les traineaux. Nous partons donc en skis pour une journée en étoile depuis la cabane. Nous visons un contrefort côté 636m sur la carte qui surplombe le Sermilik. Les relais se succèdent pour faire la trace.

 La tempête a gommé toutes traces humaines sur l’axe Tasiilaq-Tiniteqilaq ; on a l’impression d’être seul au monde. Il nous faudra quand même plus de 6h pour faire les 8 km qui nous séparent du sommet ! Pour la première fois du séjour, presque une semaine après notre arrivée nous voyons enfin le potentiel de la région : des montagnes aux faces impressionnantes de tous les côtés, des glaciers aux surfaces lisses, la calotte et surtout le Sermilik avec ses icebergs et sa banquise partielle qui contraste avec le bleu du fjord.

 Le retour se fait sans encombre, mais à la cabane nous retrouvons le chien errant du premier jour. Nous nous félicitons du petit débat du matin à savoir s’il fallait rentrer ou non les pulkas dans la cabane ; nous les avions rentrées et c’était la bonne décision ! Nous essayons tant bien que mal de lui faire peur, mais pour la nuit pas question de remettre les pulkas dehors. C’est un joyeux bazar dans cette petite cabane à trois avec trois traineaux sur la petite banquette.


Jeudi 29 mars.
La piste semble ouverte : des motoneiges ont effectivement tracé la montée vers Tiniteqilaq. Il fait nuageux Cette fois nous nous élançons avec nos pulkas, bien décidés à avancer. Nous sommes à 10 km de Tasiilaq 6 jours après le départ ! Nous avons bien fait de ne pas aller à Kuummiut. Nous montons une bute avant de redescendre dans la vallée où l’on doit rejoindre le glacier. Mauvaise surprise la trace s’arrête, il va falloir la faire nous-mêmes. Nous rejoignons tant bien que mal le fond de la vallée et nous nous attaquons à la montée du glacier. C’est horrible ! La neige fait basculer les pulkas sur la tranche. Nous sommes obligés de faire des relais avec un skieur sans sa pulka devant qui ouvre la trace avant de repartir chercher son traineau. Mais c’est à peine mieux. Storm s’enfonce jusqu’à la taille… 1h30 plus tard, on a à peine avancé et Storm refuse de continuer. Couché sur nos skis rien ne le fait lever. Mais voilà des motoneiges qui arrivent. Le bruit et les vapeurs d’essence qu’on cherchait à éviter nous ravissent. Nous rejoignons leur trace non sans peine notamment à cause de Storm qu’il faut tirer voire même porter.
La situation change subitement, nous avançons désormais plutôt bien, le soleil perce enfin les nuages, nous arrivons au sommet du glacier sous un soleil radieux sans vent avec une vue imprenable juste à l’heure du pique nique. Nous attaquons la descente sur le Sermilik et nous trouvons un super emplacement de bivouac 200 m au dessus du fjord. Nous apercevons au loin le village de Tiniteqilaq. Le soleil se couche, la lune se lève, le froid s’installe. Quelle joie après ce début de séjour compliqué.
 
Vendredi 30 mars
Une belle  journée s’annonce -15°C au réveil, il est 5h50, tout est silencieux. Nous avons hâte de profiter de notre première journée complète de beau temps froid et sec.
Nous laissons le camp après avoir pris soin d’enterrer les pulkas, et nous filons direction Tiniteqilaq. Le village donne une impression de bout du monde. On se dit qu’on aurait pu limiter nos achats à Tasiilaq et s’approvisionner au Pilersuisoq local pour alléger les pulkas… Nous montons sur la crête au nord du village.

 L’ambiance est magique, neige scintillante et vue superbe sur le Sermilik. 

Nous poussons jusqu'à ce que l’horaire nous rappelle. Il faut retourner à notre campement. Sur le bout de crête final, la vue porte très loin, nous repérons la vallée de Kuugarmiit Aqquitaat par laquelle nous rentrerons, les chaines de montagnes au nord de Tiniteqilaq et le fjord d’Ikaasatsivaq tout en glace qu’on hésite également à emprunter pour le retour.


 Les paysages sont vraiment très alpins et la moindre montagne même à l’altitude modeste offre des versants à pics ou de grandes faces glaciaires.
La descente s’effectue dans un petit canyon qui donne directement sur la banquise. Les 200 m de remontée vers notre camp sont bien longs après cette belle journée.

Comme la veille, les détecteurs se déclenchent à l’heure du coucher de soleil. Peut être sont-ils sensibles au soleil rasant…
Storm qui est attaché un peu loin (10m) pleurniche, il faut sortir pour le calmer.
Nous réfléchissons au planning de la semaine suivante, pousser plus au nord avec les pulkas, refaire une journée en étoile, rentrer par la vallée, rentrer par le fjord….
 
Samedi 31 mars
Nous nous sommes décidés pour amorcer le retour sur Tasiilaq par la vallée de Kuugarmiit.
Nous nous engageons sur le fjord pour gagner l’ouverture de la vallée. 

Elle est magnifique, longue de 15 km et large de 1 km, elle est entourée de hauts sommets très rocheux. Il n’y a pas une trace, nous sommes seuls. Nous ouvrons donc la « piste » dans une belle neige qui s’est un peu tassée mais qui reste bien physique pour le traceur ! Des avalanches qui doivent dater de la tempête ont traversé la vallée sur toute sa largeur !
La météo est au beau fixe, pas de vent, assez frais, c’est l’étape du voyage !

Il y a quand même 350 m de dénivelé à effectuer mais le décor somptueux fait oublier les ressauts à gravir. De leur sommet nous distinguons notre trace qui fend toute la vallée en deux.
Il nous faut une bonne journée pour déboucher sur le fjord opposé. Comme depuis le début nous évitons le bord de mer pour diminuer le risque de mauvaises rencontres, nous campons juste avant d’entamer la descente vers la banquise.
Au cours du repas, le détecteur sonne, Storm a fait sauter son ancrage qu’il faut à nouveau recommencer.
 
Dimanche 1er avril
5h50 il fait bien froid ce matin lors de la levée du camp et encore plus lorsque nous atteignons la banquise : -20°C, le record du séjour. Heureusement le soleil chauffe vite et on enlève rapidement des couches. La traversée du fjord Imiilaa est digne de l’étape de la veille, du soleil, pas de vent, des pics et des glaciers de tous les côtés, personne, pas une trace, on en prend plein les yeux

 Petit moment de frayeur lorsqu’au niveau de petites iles, nous tapons sur la banquise avec le bâton et presque sans effort nous passons à travers une mince couche de glace. Pourtant tout autour de nous, tout est blanc de neige, on n’aperçoit ni failles, ni fissures, ni eau. Peut-être que la présence d’île créée des courants qui amincissent la couche de glace. Nous nous dépêchons de gagner une zone où le fjord est plus large.

Nous franchissons le cap de Pitserpaajik qui offre un super promontoire au-dessus de la banquise. Ça tombe bien c’est l’heure du pique nique.

Le ciel se couvre un peu mais le plafond est haut ; nous continuons en direction d’un glacier qui se jette dans un grand lac en bordure du fjord de Sammileq.
Nous attaquons, en prévision de l’étape de demain, la montée sur le glacier pour atteindre un col à 550 m qui permet de rejoindre la piste principale Tasiilaq-Tini.
Nous bivouaquons après 200 m de dénivelé, bien fatigués après cette longue étape où il aura fallu faire la trace une bonne partie de la matinée.
Le glacier, lui, est tracé, d’ailleurs une motoneige passe à côté de la tente, le détecteur sonne. Le système semble efficace !
 
Lundi 2 avril
Nous visons cette fois une cabane que Mickael a indiquée au bord du Sermilik à 25 km de la. Il y a deux cols à franchir mais à priori ils sont tracés.

 Le temps est grisonnant mais la visibilité est très bonne, les nuages restent haut dans le ciel. Nous démarrons par la remontée sur le glacier qui est finalement très skiante et nous franchissons le col 2h après le départ. La descente sur le lieu dit du « Coffee bar » est un peu plus laborieuse mais passe sans difficultés majeures. Nous ne sommes pas aidés par Storm qui profite d’un moment d’inattention pour nous fausser compagnie pour la première fois du séjour. Nous crions, l’appelons mais il trottine devant sans se soucier de nous. Nous appliquons alors la technique suprême, déballage de sandwichs, de chocos, de graines et 2 min plus tard le voilà qui rapplique. Nous le félicitons d’être revenu avec des biscuits mais on a aussi l’impression qu’il nous a bien eus !
Nous repassons à notre cabane salvatrice pendant la tempête et nous filons plein Ouest en direction du Sermilik. La descente se fait dans un lit de rivière encaissé, c’est plutôt atypique et très joli. A l’extrémité du canyon, le fjord apparait au tout dernier moment. Il est aussi extraordinaire que les jours précédents d’autant que le ciel s’est dégagé il fait à nouveau grand beau. La lumière du soir et la difficulté de l’étape rendent cette arrivée encore plus mémorable sur le fjord et ses icebergs. La cabane est bien là, elle surplombe une petite baie qui emprisonne quelques beaux icebergs. 
Elle est ronde avec des fenêtres qui offrent 360° de panorama, on va être comme des rois. La porte ne bouge pas, il va falloir pelleter la glace et la neige accumulée devant.

Le déblayage effectué c’est la déception la vraie ! La porte est fermée, on n’a que nos yeux pour pleurer les 3 belles banquettes qui entourent une table en marbre ronde. Après deux cols et 25 km de parcourus nous partons dépités à la recherche d’un coin de bivouac, qui plus est en bord de mer ce qu’on a toujours évité de faire. Mais pendant que nous rattachons nos pulkas, une petite lanière rouge qui pend à un hauban de la cabane attire notre attention, au bout du cordon c’est bien une clé qui ballotte au vent !
En moins de temps qu’il n’en faut pour le dire, nous voilà dans une superbe cabane bien propre avec chacun sa couchette, une vue imprenable sur le fjord et à l’abri de tous visiteurs nocturnes. Dure de décrire notre joie à ce moment-là.
Chacun vaque à ses activités pour le reste de la soirée, repos contemplatif, cuisine, écriture et pêche à la ligne dans les failles de banquises. Heureusement, nous avons encore beaucoup de  nourriture…
D’un commun accord et sous un coucher de soleil dont on ne perd pas une miette pendant le repas nous décidons de rester ici 2 nuits consécutives.

Demain nous explorerons les abords du Sermilik sans les pulkas par les petites bandes de banquises côtières.
 
Mardi 3 avril
3h du matin, réveil nocturne pour les aurores et grosse déception, le ciel est couvert, il neige et le vent se lève.
A 6h30 au lever, la situation ne s’est pas améliorée, nous hésitons quant à la suite de la journée. Nous ne connaissons pas la météo pour les jours suivants mais maintenant nous savons que les tempêtes peuvent considérablement ralentir la progression. Au vu de l’étroit canyon emprunté pour se rendre ici, nous décidons de retourner sur l’axe Tini-Tasiilaq pour ne pas se retrouver coincés par la neige fraiche ou le vent. Tant pis pour la journée banquise et icebergs et la nuit dans cette belle cabane
Sous un petit crachin de neige et avec une visibilité moyenne nous retournons au lieu dit du « Coffee Bar ». Nous pique niquons dans la veille cabane qui nous a abrités la première semaine. La porte a été laissée ouverte et un chien en a profité pour déchiqueter un vieux sac poubelle qui trainait. La table est cassée et 10 cm d’ordures jonchent le sol…
Nous remettons tout d’aplomb et nous emportons les ordures avec nous.
Nous croisons Rasmus sur son traineau mais cette fois il ne connait pas la météo. Dommage.
Nous bivouaquons à quelques encablures de la baie de Tasiilaq, à peine 5 km nous séparent de la ville. La météo est plus que moyenne, neige et brouillard.
 
Mercredi 4 avril
Pas d’amélioration côté météo, nous décidons de filer sur la ville pour chercher les prévisions et organiser les derniers jours du voyage.
Storm qui a compris notre destination, se réveille enfin et nous montre toutes ses qualités de chien de traction : sur le plat il traine à quelques km/h un skieur avec les peaux et la pulka !
La ville sort peu à peu des nuages et nous entrons par le port en direction de la poubelle du Pilersuisoq.

Une motoneige nous accoste et un pêcheur nous demande si nous sommes bien les 3 touristes qui étaient dans la cabane avec Mickael. Au nom des habitants de la ville il nous remercie d’avoir sauvé Mickael puis nous photographie pour illustrer les informations locales. C’est émouvant et même un peu gênant puisque finalement la seule chose que nous ayons eu eu à faire, c’était d’être dans la cabane occupés à manger et jouer aux cartes…
Nous croisons Rasmus (encore) et nous convenons de lui rendre le chien le jour même et de garder le fusil la dernière nuit. Sur ses conseils, nous partons monter le camp dans la vallée des fleurs au dessus de la ville. Après avoir dépassé le cimetière nous trouvons l’emplacement parfait : un sommet de bute tout plat, caché de la piste et de la ville. Nous élaborons les plans du lendemain maintenant qu’on sait qu’il fera beau : monter au sommet du Qaqqartivakajik une montagne juste au dessus de la ville.
L’après midi est consacré à la visite de Tasiilaq et à la séparation avec Storm. Tout se fait rapidement mais il nous semble l’avoir entendu pleurer quand Rasmus l’a ramené au chenil !
 
Jeudi 5 avril
5h30 il faut profiter du dernier jour et surtout du soleil. Une heure plus tard nous sommes sur les skis et nous remontons la vallée des fleurs en direction de la facette nord-ouest du sommet. 
Au vu des traces il a l’air d’être assez fréquenté. Par une petite traversée un peu plus raide que les pentes précédentes nous rejoignons l’arête facile qui mène au sommet. 

A 9h la vue apparait : devant la banquise dérivante de l’océan, derrière l’île d’Ammassalik et toutes ses montagnes. 

Nous contemplons un long moment ces grands à-pics et cette banquise océanique mythique qui a longtemps rendu la côte Est si sauvage et inaccessible.


Nous descendons plein nord dans une bonne neige poudreuse. Une bonne quinzaine de personnes en skis de rando sont maintenant sur la montagne.
Nous entamons une nouvelle montée vers le Ymers Bjerg que l’on compte atteindre par sa grande crête qui du bas semble être un excellent coin de pique nique. La neige commence à transformer sous le soleil mais lorsque nous atteignons l’arête, un vent glacial nous cueille, pas question manger ici ou de poursuivre plus haut. Nous descendons une nouvelle fois plein nord en espérant que le vent diminue et nous rejoignons une autre vallée qui ramène sur la baie de Tasiilaq. Nous regagnons la tente à 18h très contents de ce dernier jour.
Vendredi 6 avril
5h00 et déjà le réveil pour l’hélico à 8h45. 

Nous chaussons une dernière fois pour atteindre l’héliport, heureusement la route est mieux enneigée qu’à l’aller.
1h30 sont nécessaires pour refaire tous nos bagages et sans aucun retard nous atterrissons en Islande.
De l’aéroport, la longue marche commence jusqu’à notre auberge du centre ville.  Il nous faudra plusieurs pauses ! Nous nous aidons des chariots de l’aéroport que l’on compte évidement ramener ensuite mais après 500 m parcourus déjà deux personnes en voiture se sont arrêtées pour nous dire que c’était interdit….
 
Samedi 7 avril
C’est la journée repos du séjour, piscine et tourisme à Reykjavik
 
Dimanche 8 avril
C’est la journée galère du séjour. Lever 4h du matin puis longue marche toujours surchargés jusqu’au FlyBus. Vols jusqu’en France  parfait puis les embrouilles arrivent grâce à la SNCF : trains de Roissy  supprimés, RER vers gare de Lyon supprimés… On parle, on discute, on négocie et on atteint finalement Lyon à une heure malgré tout correcte où l’on retrouve la voiture garée à la première place gratuite trouvée à notre arrivée…
 
Divers :
Les ours :
 Rasmus nous a bien mis en garde : la région est un pays à ours, une semaine avant notre arrivée un ours a été vu à l’héliport de Tasiilaq. Nous apprendrons aussi qu’une semaine après notre départ des ours ont été abattus à Kulusuk. Mickael nous a également raconté que depuis la cabane où nous avions trouvé refuge, des touristes en avaient vus…Il semble qu’il est toutefois dur de conclure à une augmentation de la présence d’ours dans la région car le nombre de touriste a également augmenté.
La plupart des groupes de touristes ou de locaux rencontrés étaient armés.
Finalement nous n’avons vu aucune trace ou signe et lors de nos échanges avec des locaux,  personne ne nous a remonté d’observations récentes aux endroits visités. Mais chaque nuit la présence du plantigrade était dans les esprits et plusieurs fois nous avons tendu l’oreille ou sommes sortis pour lever un doute sur un bruit suspect !
Nous avons donc mis toutes les chances de notre côté pour éviter les surprises : nuits loin des fjords, entrainement au fusil avant de partir (même si en fait ce n’est pas bien compliqué à utiliser), location d’une carabine avec 25 munitions, protection à 360 °C de la tente avec des capteurs de mouvement à piles qui se déclenchent à 8 m (très fonctionnels aucun faux positif pendant la nuit), pas de nourriture dans la tente si ce n’est dans un bidon de kayak et location d’un chien pour donner l’alerte.
 
Randonner avec un chien : dur de savoir ce qui nous a réellement motivé : le côté sympa d’avoir un magnifique chien groenlandais pendant 15 j ou avoir un chien d’alerte pour nous réveiller la nuit. Sûrement un peu des deux.
Néanmoins la présence un chien implique quelques contraintes. Chaque soir il faut s’arrêter près d’un rocher (ce qui rajoute un facteur de choix d’emplacement de bivouac) ou creuser un profond corps mort pour l’accrocher, lui enlever son harnais et ses sacoches. Chaque nuit, il faut interpréter ses bruits et ses cris (il était très pleurnichard en soirée mais très calme pendant la nuit). Chaque matin ce sont les opérations inverses qu’il faut effectuer : déterrer le corps mort, enfiler le harnais gelé et donc bien plus dur à mettre en place. Chaque jour il faut gérer ses déplacements : lui démêler la patte de son traie, encaisser ses coups de reins ou d’accélération lors des descentes ou alors le tirer lorsqu’il se fait plus lent ou qu’il refuse de repartir, avoir un œil permanent sur la nourriture… Il est donc clair qu’à toutes les taches nécessaires à la réalisation d’une randonnée nordique un chien en rajoute un certains nombre et cela quelle que soit la météo. L’efficacité contre les ours ne nous a pas paru complètement assurée, Rasmus était certain que le chien allait faire quelque chose en cas d’ours mais quoi ? Pleurs ? Aboiements agressifs ? Silence de mort… ?
Malgré tout au fil des jours le chien est devenu un membre du voyage. Il offre un peu de divertissement à son skieur, un beau premier plan aux photos et lorsqu’il se met à tirer il apporte réellement une aide à celui qui le tient. Et quand un bruit survient dans la nuit on peut toujours se dire la phrase magique « c’est Storm qui bouge ».
Nous avons tous ressenti un petit vide lors de la séparation.
 
Le trajet :
L’accès à la côte Est est un peu laborieux et onéreux. Le transit à Reykjavik rajoute vraiment une étape au voyage avec bus, changement d’aéroports…
Les liaisons hélicoptères sont gérées par Air Greenland et la franchise bagage est limitée à 20 kg par personne. C’est donc assez dur de ne pas dépasser avec le matériel hivernal et glacière. Avec les marges à prendre au retour pour les éventuels les retards aériens nous avons eu 5 jours complets de transit… Mais on n’a rien sans rien !
On s’est hâté dans la prise des billets (achat fin janvier 201smile en voyant la mention  « Sold Out » à beaucoup de dates mais à l’aller comme au retour l’avion était loin d’être rempli.
 
La région :
Les paysages sont magnifiques, très alpins avec des montagnes aux formes très élancées. Les nombreux glaciers qui les couvrent semblent propices au ski et chaque apparition du Sermilik mérite une pause contemplation.
Pour la banquise, la plupart des fonds de fjord et des baies étaient pris, le Sermilik et le fjord d’Ammassalik étaient impraticables voire complètement en eau pour le dernier.
La météo est quand même capricieuse, heureusement nous avons bénéficié de l’anticyclone lors de la partie la plus belle du voyage mais la fenêtre de beau temps entre deux tempêtes semble se limiter à quelques jours.
La température a globalement été clémente, autour 0°C/-5°C en journée et un peu plus froid les nuits ou le ciel était dégagé : -15°C.
 
Logistique
Nous sommes avons loué le chien et le fusil chez Greenland Vacation tenu par un danois qui réside sur place. Tout s’est très bien passé. Depuis la France,  nous avons eu des réponses complètes et très rapides depuis la France (souvent dans la journée) à nos questions. Sur place le matériel était déjà tout prêt, Rasmus a pris soin de nous expliquer point par point chaque opération nécessaire à l’utilisation du fusil et à la randonnée avec un chien. Bref, nous recommandons.
 
Matériel
C’est celui d’une randonnée en ski nordique classique : chacun sa pulka (le bac bleu Snowsled), son brancard et sa paire de skis.
Pour le couchage : une tente 4 places Mountain Hardwear Trango 4 (dont les portes à ouverture de bas en haut ne sont vraiment pas pratiques), deux réchauds MSR Universal un fonctionnant avec de l’essence C, l’autre au gaz inversé. Celui au gaz a été beaucoup moins efficace. A noter qu’on trouve très facilement de l’essence C en bouteilles vertes de 50 cl avec noté « Benzin » dans les supermarchés.
Pour l’orientation : GPS, balise Spot et les deux cartes au 1/100 000 qui couvrent la région. Le matériel pour glacier nous a bien alourdi tout le séjour (crampons, cordes, baudriers, broches…) mais le jour où il devra servir on sera content de l’avoir…
Les chaussures Fisher BCX 2017 ont comme l’année dernière montré leur limite (elles étaient pourtant neuves suite à leur remplacement sous garantie) : trous au niveau de la zone de flexion, casse de l’élastique de serrage de la guêtre intégrée et impossibilité de fermer la fermeture éclair dès que du givre se formait dessus (c'est-à-dire chaque matin…).
On a eu du réseau (Free) aux abords des villages.
 
Le prix :
Le voyage a couté 2200 euros par personne au départ de Paris dont 1300 pour l’avion, 300 pour l’hélicoptère, 200 de transit en Islande (avec 3 nuits de chambre en auberges), 300 de courses sur place et 100 euros de location de chien et de fusil.
 
Le parcours :
Nous avons parcouru 115 km avec les pulkas et 150 en incluant les journées en étoile depuis le camp. Avec la tempête et la neige fraiche la progression a été vraiment difficile la première semaine. Au vu des expériences précédentes au Groenland j’avais tablé sur un parcours de 200-250 km avec pulka… La réalité fut donc bien différente.  Il était tout simplement impossible de progresser pendant et après la tempête au vu des hauteurs neige.
 
Pour finir
Il aura manqué quand même manqué à ce voyage une touche d’isolement et d’engagement. Les conditions ne nous ont pas permis de nous éloigner de l’axe Tasiilaq-Tiniteqilaq très parcourus par les locaux et les touristes. Les montagnes et les vallées au nord du Tiniteqilaq semblaient être un peu plus sauvages.
Mais si il y’a une chose à retenir du Groenland c’est que tout y grandiose et magnifique peu importe ou l’on regarde et l’une des plus belles journées fut celle au sommet du Qaqqartivakajik à …2 km de Tasiilaq !

 
superbe, ça fait envie !