comment définir le SRN ?

Entre le matériel de ski de fond et le matériel de rando télémark, le SRNeur dispose aujourd'hui d'une palette de matériel proprement hallucinante pour s'adonner aux joies du ski hors piste?
Le grand écart entre les lignes de côtes, les tenues des chaussures et les types de fixations est tel, qu'on peut se demander: si tout ça sert à faire du SRN; alors qu'est ce que le SRN?
Pour ma part, le SRN est avant tout le ski des origines de la glisse. Un matériel qui a gentiment évolué pendant des millénaires pour offrir un compromis optimal, entre aptitudes à bien monter, et aptitudes à bien descendre.
Ce ski, qui avait initialement une vocation utilitaire, a dérivé vers le milieu du XIXème vers une pratique de loisir (on n'aurait eu tord de ne pas allier l'utile à l'agréable).
Malheureusement l'homme n'est pas tant joueur, il est avant tout un prédateur social, qui a besoin tout comme les loups, les lions et les hyènes d'avoir des chefs de meutes. L'intérêt d'un ski de compromis entre montée et descente, s'est retrouvé éclipsé par les intérêts de Paul ou de Pierre: dans les premières parades de mâles dominants à dossards. Paul était fort en endurance, et Pierre solide et agile en descente. Chacun de leur côté, ils ont rivalisé d'ingéniosité pour faire évoluer le matériel dans le sens qui menait à leurs podiums respectifs. Il n'y a guère que quelques paysans, facteurs ou médecins de campagne, qui ont conservé pendant un certain temps, un soupçon d'intérêt pour un matériel plus polyvalent. Par la suite, tout l'arrière pays montagnard s'est retrouvé sillonné de bitume, embrumé de pots d'échappements, recouverts de pistes damées de ski de fond, claffi de remontées mécaniques et les skis du paysans ont fini en déco sur les murs de l'écurie, transformée en salle de resto: relégués au statut de vieilleries certes esthétiques, mais issus d'un temps en apparence révolu.
Mais les mœurs évoluent, et après des décennies de courses folles pour décrocher, l'Or, la Lune ou Mars, de plus en plus de gens s’essoufflent, et aspirent à avoir une pratique de loisir qui tranche avec le rythme effréné de leur quotidien. Car oui on doit pouvoir faire du ski, juste pour le plaisir, sans chercher vainement à rattraper Martin Fourcade ou Alexis Pinturault.
C'est dans ce contexte là, qu'un ski polyvalent peut reprendre du sens.
Mais alors qu'est-ce que le SRN?
Pour moi, (et c'est un avis personnel qui peut être allègrement contestable) : l'essence du SRN se situe dans une pratique qui offre autant de plaisir en montée, qu'en descente.
Le ski de SRN fin allié à la chaussure la plus légère et à la fix ultralight, ne m'intéresse pas si c'est pour descendre en faisant des roulades plutôt que de savoureux virages.
Et inversement traîner des "orthèses" au plat et en montée, ça me fatigue d'autant plus, que si pour avoir un soupçon de sensations en descente: je me retrouve contraint de sélectionner des terrains avec un max de pente, et que je me vois obligé de passer les 50 km/h, avant d'éprouver le besoin de déclencher un virage.
Le SRN se distingue du SRA, par l'absence de manip entre la montée et la descente. Cette liberté est pleinement jouissive, c'est une invitation à aller jouer dans du terrain vallonné, plutôt que de se cantonner à la relative monotonie d'un parcours présentant une montée sèche suivie d'une descente unique.
Aller jouer dans du terrain de SRA avec des SRN est possible. Mais cela n'a à mon avis vraiment de sens, que si le skieur dispose du bagage technique pour se faire vraiment plaisir en descente. L'utilisation d'un matériel de SRN dans ce type de terrain, prend réellement du sens quand le skieur, s'amuse à ponctuer sa descente de petites remontées pour aller gagner d'autres pentes et d'autres champs de poudre que ceux accessibles par le simple effet de la gravité.

Pour moi une chaussure à coque plastique n'est pas une chaussure de SRN: c'est une chaussure qui a été développée pour du ski de rando en TK, ou une chaussure à petit budget (et ce n'est pas péjoratif) pour du TK sur piste. On parle bien entendu là d'un avis personnel, mais quand je rentre dans une T4 ou dans une Scott excursion: je perds tellement de plaisir au plat et en montée par rapport à une cuir, que je ne retrouve plus mon juste équilibre de plaisir entre montée et descente, qui constitue pour moi l'essence du SRN. Enfiler une T4 n'est pas tant une souffrance, c'est juste que je perds le goût de jouïr de ma liberté de SRNeur, je perds le goût de la glisse en pente faible tant à la montée qu'à la descente. Alors je fouille dans mon sac à dos, je récupère une paire de peau, pour grimper au plus vite, au plus raide, et au plus longtemps possible, pour aller me chercher un bon gros couloir bien raide. Dans ce cas là, j'ai beau avoir des écailles sous mes peaux, je ne fais plus du SRN, mais de la rando TK.
Un matériel de SRN n'a dans le terrain que les limites en technique du skieur qui est perché dessus. Mais ce n'est pas tant la quête de la plus grosse pente qui a du sens en SRN: que la quête du plaisir que ce matériel peut apporter dans tous les terrains où un pratiquant de SRA s'ennuiera à mourir. Pour moi cela passe par une chaussure légère, un ski suffisamment large et une fix qui tient quand même la route.
Les plaisirs de la glisse, dans les terrains vallonnés c'est surtout, de la proprioception, du little toe,, big toe, du placement, de l'ajustement de l'allonge de la foulée en fonction des micro-reliefs…
Après il n'y a pas que les plaisirs de la glisse dans le SRN: il y a le plaisir d'être dehors, dans des environnements calmes, préservés, le plaisir d'échanger avec des amis, de la balade conviviale, car le terrain et le rythme de l'activité s'y prête bien: une T4 permet facilement d'accéder à tout ça, en s'amputant d'une partie des plaisirs de la glisse.
Après à l'opposer, dans les pratiquants de srn, il y en a beaucoup plus qui ne sont jamais rentrés dans une norme 75mm que l'inverse. La tendance chez les anciens pratiquants est plutôt minimaliste dans le matos, quitte à rester éternellement tétanisés dès que la pente s'incline un peu. Car oui, un matos trop fin issu de la technologie du ski de fond de compétition est inadapté aux plaisirs de la glisse en descente du SRN, mais ça je crois que n'importe quel facteur de montagne des années 50 l'aurait affirmé.

En conclusion: il me semble que, si je suis sur de la neige non damée, et que j'arrive à avoir tout autant de plaisir en glisse en montée qu'en descente, c'est que je dois avoir trouvé le matériel de SRN adéquat.
Après chacun a le droit de s'auto-induire en erreur dans ses jugements, en fonction de son vécu et de sa préférence pour les montées ou les descentes. Pour bien jugé, il est important en montée de ne pas confondre plaisir de la glisse et goût de l'effort, et en descente il ne faut pas confondre plaisir de la glisse et autosatisfaction d'être arrivé en bas sans mourir. Le vrai plaisir de la glisse en SRN se trouve toujours, dans du terrain adapté à son niveau. :-)
Modifié il y a 5 ans
Texte magnifique auquel j'adhère complètement Sancho! Bravo.

La plus belle définition du SRN que je n'ai jamais lu et une belle déclaration d'amour à cette pratique.

Le SRN, c'est le ski jouissif de Sondre Norheim utilisé pour marcher, glisser, sauter et descendre avec les godillots en cuir souple de l'époque et déjà des skis larges pour se déplacer dans la neige fraîche.

La différence entre le telemark léger, très pratiqué par nos amis d'Amérique du Nord, ce ne sont ni les skis, ni les fixations mais les chaussures.

La Svartisen, avec sa souplesse de déroulé de pied est la plus agréable pour marcher et glisser et ne demande qu'à être apprivoisée. Skier avec une Svartisen en neige douce et facile est "nirvanesque" et jouissif… quel sentiment de liberté jamais atteint jusqu'à maintenant dans d'autres chaussures. Et pourtant, mon passé et vécu de skieur me rendait plutôt sceptique au départ, en bon habitué de la tenue de pied et cheville pour toujours plus de mordant et de précision.

Les cuirs anciennes de telemark (encore fabriquées en Italie par Alico ou andrew sont effectivement à mi-chemin entre les Svartisen et les coques plastiques basses de telemark. Elles restent dans l'esprit "marche souple" du telemark grâce à la flexion naturelle du telemark, elles sont plus précises en descente que les Svartisen, plus efficaces dans les neiges pourries et leur chausson intérieur est un plus pour les bivouac. Elles sont aussi plus lourdes!

Les T4 ou autres coques plastiques basses ont à mon avis pour principal interêt de permettre à un débutant de découvrir le SRN (et encore, une partie seulement, car ce sont un peu des boulets pour marcher) et d'avoir une seule paire de chaussures pour différentes activités (piste, srn, rando telemark légère).

J'aborde cet aspect chaussure car j'ai skié et marché avec l'ensemble de ces modèles.

J'ai 4 paires de chaussures de telemark ou SRN.

- de grosses et rigides 4 crochets Garmont pour la piste et les terrains alpins engagés (je ne les mets plus du tout car je les trouve trop rigides).

- des T4 que j'utilise en rando telemark alpine ou en telemark sur piste.

- de bonnes vieilles Crispi cuir 2 crochets que j'adore pour leur polyvalence mais que je n'ai pas encore chaussé cet hiver.

- des Svartissen qui se sont adapté à mes pieds (après quelques points durs parfois pénibles), et que je porte pour mes sorties sur terrain SRN.

Pour les skis, je te rejoins complètement et à mon avis, un annum avec des Svartissen sera adapté à tous les terrains, y compris les plus plats.

L'envie de maximaliser le plaisir en descente, et d'augmenter l'accroche en monté me pousserait à les remplacer par des Vector BC en 180 quand j'en aurait les moyens. J'en bave d'envie.

Le ski a toujours bénéficié de vrais innovations, aujourd'hui il existe enfin un matériel ludique pour le srn, au-delà de toutes considérations mercatiques ou commerciales. Il serait dommage de ne pas profiter du plaisir apporté par ces beaux outils.

La boucle est bouclé, on en revient au ski ludique pratiqué comme un jeu par les enfants et les adultes de Norvège, en fin de journée, en Norvège depuis la fin du XIXème siècle.

Encore bravo pour ton très beau texte :-)

Talon libre
Libère ton talon, libère ton esprit…
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Modifié il y a 5 ans
On est au moins trois à ètre pile-poil sur la même longueur d'onde !

"Prédateur social " j'adore l'expression ! Ca ne me défrise pas d'ètre un prédateur social . Hummm ! Bouffer mon prochain , quel bonheur ! J'ai des gènes de cannibale :-D
Mais j'aime bien pouvoir mettre la fonction " prédateur social " sur " pause "
Si on suit le développement de Talon Libre on en arrive a la conclusion qu'on dispose actuellement d'un équipement parfaitement adapté à ce mode " pose " : skis , fixations , chaussures .
Avec un bémol très léger s'agissant des chaussures :
Les Svartisen c'est très bien
Les Scarpa T4 c'est très bien
mais le bonheur absolu c'est le chainon manquant entre les deux : la bonne vieille cuir à l'ancienne .
Père Noel , Père Noel !
Toi qui lis toutes mes lettres !
Des cuir , classiques avec chausson, en 75mm , disponibles en France , c'est possible ?
Modifié il y a 5 ans
Depuis le temps qu'on lui écrit des lettres, j'aurais tendance à dire que le père Noël du SRN est un peu un fumiste.
S'il se réveille un jour, je passe commande pour au moins une trentaine de paire, voir même plus s'il daigne s'intéresser aux enfants et adultes qui chaussent moins de 38 et qui pourraient avoir de l'intérêt à pratiquer du SRN.

Personnellement je pense avoir plus de plaisir à transmettre à un débutant dans une svartisen, que dans une T4, mais cela se fait en allant dans moins de pente.

Après pour aller chercher le plaisir dans moins de pente, cela implique que dans ce monde de surenchère et de compétition, il faut que le client soit un minimum enclin à faire une pause dans le mode prédateur social.
Car au regard de la pression de la com sur les vacances à la neige, c'est quand même bien valorisant de rentrer à la maison en pouvant ébahir sont voisin: car on a fait la face nord du trou à truc, la face nord de la combe à machin, même si on ne peut guère prétendre avoir fait avec aisance que la face nord de son lit à la montagne. :-D :-D :-D
Modifié il y a 5 ans
Robert, je pense comme toi que le seul chaînon manquant, c'est la chaussure cuir 2 crochets en remplacement des T4 avec un chausson thermoforme, faussement rétro, anti-marketing mais efficace sur le terrain et classe.
Quant à la pente et aux exploits, on s'en fout, c'est secondaire, seul compte le plaisir addictif.

Talon libre
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Modifié il y a 5 ans
Pour moi, il n'y a pas de notion d'exploits qui vaille. Il n'y a que du plaisir en glisse à récupérer en jouant aux différents jeux de glisse que nous apprécions et ce, dans les terrains, où nous sommes à l'aise.
Je peut bien entendu prendre beaucoup de plaisir à apprécier la fluidité de la trace d'un très bon skieur dans du très très raide, et je peux en prendre tout autant en observant le plaisir sur le visage d'un skieur d'un niveau plus modeste, qui se régale dans du terrain nettement moins engagé.
Je crois qu'il n'y a pas plus d'exploits à trouver dans la quête de plaisir d'un bon skieur, que dans celle d'un débutant. Pour moi l'exploit, le courage, la performance dans la pratique d'un loisir n'ont pas de sens, nous n'avons dans ce cadre là que les peines que nous voulons bien nous donner et les plaisirs que nous voulons bien nous accorder.
Je trouve surréaliste la notion d'exploit souvent accordée dans le monde du sport, particulièrement dans les clubs. On en arrive à donner parfois plus d'importance à la performance, qu'aux simples plaisirs inhérents à la pratique d'un loisir.
Modifié il y a 5 ans
talonlibre a écrit :
Robert, je pense comme toi que le seul chaînon manquant, c'est la disponibilité cuir 2 crochets en remplacement des T4 avec un chausson thermoforme, faussement rétro, anti-marketing mais efficace sur le terrain et classe.
Quant à la pente et aux exploits, on s'en fout, c'est secondaire, seul compte le plaisir addictif.

On est au moins trois à avoir la même vision du monde…

au sujet des deux liens que tu cites plus haut, Talon libre :
pour le 2ème, je n'arrive pas à ouvrir la page qui nous concerne, je ne sais pas chez vous ?
sinon, n'as-tu / n'avez-vous jamais tenté de les contacter ? peut-être vendraient-ils en direct, même si leur site n'est pas consacrer à la vente en ligne ?
Après reste la barrière de la langue, et l'achat toujours hasardeux de godasses sur un écran ?

Et bravo à toi Sancho pour cette ode au SRN !

Modifié il y a 5 ans
Bonjour N75,

La page telemark d'Andrew Shoes n'affiche effectivement rien.

L'éloignement et le fait de pas pouvoir essayer avant d'acheter sont effectivement des freins non-négligeables.

De mon côté, j'ai la chance d'avoir mes fidèles Crispi D-Super. Mais, certains skieurs cherchent du cuir et n'arrivent pas à trouver en France.

Une bonne âme pourrait peut-être en importer, ou un fabricant pourrait travailler sur le sujet, mais c'est un micro-marché.

En tout, à mon avis, en SRN, le cuir est une solution durable. :lol:

Talon libre
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Modifié il y a 5 ans
N_75 a écrit :

On est au moins trois à avoir la même vision du monde…

Quatre avec moi.

Je rajouterais également l'esthétique.
Il faut du style et de l'élégance, ce qui exclut les skis (trop) courts.
10 cm de plus que soi, c'est un bon critère pour une silhouette équilibrée.
Moins que la taille, ça fait patinette de non-skieur.
:-D :-P
Modifié il y a 5 ans
talonlibre a écrit :
Un fabricant pourrait travailler sur le sujet cuir, mais c'est un micro-marché.
A mon sens le SRN tout court est un micro marché. Mais un micro marché qui présente un énorme potentiel de développement, car il répond pleinement à une certaine évolution des attentes de la clientèle qui fréquente la montagne en hiver. Les gens me semblent de plus enclins à se tourner vers des activités empreintes de nature, d'authenticité, calmes, des activités qui peuvent être sportives mais qui doivent pouvoir être douces dans l'approche, pour pouvoir prétendre à une certaine popularité.
Dans ce micro marché du SRN actuel, il y a une foule de produits qui me semblent avoir peu de sens pour pratiquer l'activité: les réorienter sur du ski de fond pourrait avoir du sens, est permettrait de recréer des parts pour du cuir valable.
J'aimerais lire sérieusement un argumentaire valable qui mette en avant les qualités d'une fix chaussure nnbc, ou xadv, par rapport à une N75mm légère. Si c'est pour faire une traversée du lac d'Inari en suivant une trace de scooter, ou pour faire un tour de champ par temps de neige dans la Bausse, je peux comprendre des arguments, mais pour ma part une svartisen ne présente pas spécialement de désavantages pour ce genre de pratique. Une cuir a en outre comme tu le dis un tas d'arguments durables à mettre en avant. Oui c'est plus cher, mais ça a également le potentiel pour tenir au moins deux fois plus dans le temps.
Pour ma part, une NNbc ou une xadv, moyennant une petite cale de réhausse pour ne pas frotter dans la trace, constituent un matériel idéal pour une pratique de loisir en classique sur piste de ski tracée.
Le crois sincèrement que si un jour fabricants et vendeurs intègrent cette réorientation de produits: SRN et ski de fond gagneront en popularité.

Bon après on est jamais que 4 pour le moment à s'accorder sur le sujet. Faut faire attention car dans un contexte de prédateurs sociaux, 4 est un chiffre clef bien décrit par Brassens dans "le pluriel" :-D :-D :-D
Modifié il y a 5 ans