Le Telemark, du virage à la galère

Salut Robert
J'ai un casier alpin quasi vierge (moins de 10 fois je crois), mais une fois que je telemarkais avec un pote au lourd passif alpin, il est passé en mode "pieds joints" pour se reposer un peu et j'ai voulu l'imiter pour me reposer à mon tour. Il m'a expliqué qu'en alpin c'est l'inverse du Tlk et que le ski intérieur vire devant. Et quelques bafouilles plus bas j'enchaînais les virages et des sensations nouvelles pour moi laissaient apparaître un transfert de poids et donc d'appuis de gauche à droite. Mais je n'ai pas assez persévérer pour évaluer la différence maximale d'appuis entre le pied droit et le gauche.
Je ne prétends pas détenir la vérité, mais à mon avis, ce qui te fait penser "ski unique" c'est qu' en Tlk les appuis peuvent être à un court instant de 90% sur le ski aval et 10% sur le ski arrière. Peut-il y avoir une telle différence en alpin ?
Par contre qu'en tu écris "en Tlk on ne trouve son équilibre que dans la vitesse" là je suis à peu près sûr que tu es sur une mauvaise piste.
Et tu cites une remarque de Sancho sur la nécessité de vaincre ses inhibitions face à la pente. Là je peux en parler car avec mon passé alpin frisant le néant, ce fût mon plus gros obstacle pour apprivoiser le Tlk. Avec mon passé de fondeur je ne tournais que pour éviter les sapins et j'ai réalisé que les virages servaient également à se ralentir. C'est con comme réflexion mais je me la suis faite. Puis quand j'ai acquis qu'engager le ski avant dans la pente – donc vaincre ses inhibitions- étant une planche de salut, là, j'ai tilté ! Et je reviens sur mon histoire d'appuis qui à mon avis est maximal sur le ski aval quand tu te jettes dans la pente, mais pas pour trouver vitesse et équilibre comme tu écris, mais un appui fort sur le ski avant (je me répète, je ne prétends pas détenir la vérité ). Comme (dans ta cabane !!!) pour enfoncer une pointe avec un marteau , il ne faut pas faire semblant; un bon geste est nécessaire.
J'ai eu la chance de trouver quelques fois des champs de poudreuse, et là il m'a semblé que l'appui sur le ski aval était moindre que sur neige plus dure, pour ne pas plonger en avant du fait du manque de résistance du "sol", l'appui aval restant quand même supérieur ( 60%-40% ?). Et je pense que c'est pour çà que je trouve le ski en poudreuse plus facile car en plus de ne pas prendre de vitesse du fait de la neige qui freine les skis,on est moins obliger de s'engager dans la pente… skier sur le "recul" pardonne plus !
Et quand tu va décider d'aller dans la pente, le regard noir, bien décidé à en découdre et à la vaincre, n'oublie pas de te génufléchir. Et si ta position est bonne,ce qui est primordial, tu vas piger que c'est tout dans la tête.
Je parle des neiges faciles à skier, et je parle de mon expérience qui débuta par une longue phase d'apprentissage. Les neiges croûtées,tôlées,glacées toutes bleues sur des pistes toutes noires, çà j'en sais rien !
Aucune prétention de jouer les moniteurs dans mes propos, mais seulement l'envie de tenter de décrire à Robert (avec qui j'ai eu quelques échanges bien marrants depuis les quelques mois où je suis sur le forum) le déclic que j'ai ressenti "en vainquant mes inhibitions face à la pente" (dixit Sancho) qui fait que la génuflexion est instantanée et instantanémant correcte, de même que l'appui nécessaire sur le ski aval pour pouvoir diriger le ski…et le skieur par la même occasion !
Modifié il y a 9 ans
N_75 a écrit :
Aucune prétention de jouer les moniteurs dans mes propos, mais seulement l'envie de tenter de décrire …



Je crois qu'on s'est parfaitement compris sur la démarche :
Mettre des mots sur les sensations qu'on éprouve , les décrire, échanger sur ces mots …Tout ça parait un peu théorique , mais ça me semble d'un grand interèt pour
avançer . Je ne conteste pas du tout l'interèt que peu
présenter l'intervention d'un moniteur, je pense simplement
qu' on peut aussi apprendre en observant ce que font les autres , en écoutant ce qu'ils en disent et en se servant de ce matériel pour construire sa propre progression .
Ce que tu écris sur les appuis m'a bougrement interessé .
C'est vrai qu'on fonctionne un peu "mécaniquement", du moins au début et qu'on fonctionne avec des données un
peu abstraites et on part avec l'idée d'un appui 50/50
( c'est la recette de Lionel Condemine qui indique " au début, l'essentiel est de rechercher l'attitude moyenne de répartition des appuis a 50/50 des appuis sur chaque ski "smile
Mais en fait j'ai cessé de me poser la question des appuis
et je considère que l'appui est bon si ça tourne bien !
Mon idée du " ski unique " est effectivement une simple
image , elle était sensée illustrer l'idée qu'en tlk, j'ai un peu le sentiment d'ètre sur un vélo tandis qu'en alpin
je me sens d'avantage " sur quatre roues " …
S'agissant de la vitesse je corrige : on ne trouve son équilibre que quand on a atteint une certaine vitesse :
Ca ne veut pas dire qu'on ne trouve son salut qu'en piquant
droit dans la pente ; C'est, du reste ce que tu décris très
bien en évoquant une descente dans la poudreuse .
Sois bien sur en tout cas qu' a la prochaine occasion , je
me remettrai en tète ta réflexion sur la génuflexion instantannée instantanément correcte :-D



Modifié il y a 9 ans
Je reviens avec des idées en vrac qui trottent dans ma tête.
Tes réflexions ,Robert, de comparer le vélo et le ski m'interrogent. Je n'ai que relu tous les messages en vitesse mais il me semble qu'à un moment tu comparais aussi marche et ski.
On est évidemment tenté de comparer car dans tous les cas il s'agit de déplacer un corps articulé dans un espace soumis à la gravité (mordiou, cà fait pas intelligent ce que j'écris).
Là je reviens au Telemark et je sais qu'à un moment j'avais comparé l'enchaînement des virages avec le pas alternatif du ski de fond; les sensations me paraissaient similaires. Je l'expliquais par le cisaillement effectué par les jambes et le mouvement vertical du buste qu'engendre la génuflexion du Tlk et le pas alterné du Sdf (l'instant où les pieds se croisent et où ils sont éloignés au maximum). Toujours des histoires d'appuis. Des moniteurs ? toutes mes excuses si j'en ai sorti une grosse !
Pour la comparaison des 4 roues et l'alpin face au 2 roues et au Tlk, je dirais qu'en alpin on ski bien plus groupé et que le centre de gravité du corps est proche des pieds. Alors qu'en Tlk, y'en a de partout, et le pauvre centre de gravité il est jamais à la même place et pire jamais sur les pieds ! D'où l'intérêt quand çà se passe mal de se baisser encore un peu (…même si les cuisses jettent l'éponge : c'est la tête qui commande, non ?) et de skier le plus groupé possible; et j'en rajoute une couche en écrivant que même si la génuflexion est bonne, la position et le mouvement des bras à également une importance énorme pour une bonne conduite des skis.
Comme d'ailleurs un génépy, ou une Salers pour les Auvergnats,…et moi qui suis entre les deux,je prends les deux,suivant les heures ; rien de tel pour, dixit Sancho "vaincre ses inhibitions face à la pente" (mais Sancho ne faisait pas référence au génépy). Là j'espère ne pas avoir d'ennuis avec les institutions de santé, ou en causer aux "maîtres" du forum. Pour bien virer, skiez bourré !
Modifié il y a 9 ans
Messieurs bravo, votre rhétorique fait honneur au télémark et cette description des sensations par le verbe, pas évidente du tout, est une invitation à essayer de "télémarker".

Vivement la saison prochaine.

Pour ma part, mes premières leçons remontent à 15 jours exactement, dans notre neige forézienne de printemps, avec l'ami N 75 comme moniteur et Jacou comme compagnon d'apprentissage, lors d'une superbe sortie de fin de saison.

Donc durant la saison "morte" je vais tenter d'assouplir ma génuflexion afin d'être moins raide pour l'hiver prochain et apprivoiser ce télémark et pouvoir clamer haut et fort sur les pentes dompter, 2059 ans après JC, célèbre télémarkeur qui s'ignorait :

Veni, Vidi, Vici …

Et vive ce forum ! :-D 8-)
Modifié il y a 9 ans
Salut Forez
Pour la saison prochaine,fais les provisions de Salers et Génépy, je me charge du marc des Vallons de Corbine !
çà va génufléchir dur dans Banban . Tu seras des nôtres Robert, des fois qu'on retrouve ton parapluie perché dans un sapin ?
Modifié il y a 9 ans
Banban ? Ca me dit quelque chose …C'est une piste de Chalmazel, non ?
Etre des votres pour une sortie dans le coin ? Evidemment!
J'avais déja caressé l'idée d'y retourner faire un tour cet hiver …Ca peut sembler bizarre dans la mesure ou j'habite a deux pas du Vercors et de la Chartreuse, mais ceux qui connaissent le coin comprendront : c'est beau , le forez !
Bon, je viendrai , je tacherai mème de motiver mes petits copains de Grenoble pour venir avec moi….Mais pas de café soluble !
Le Génepy , oui !
Le café soluble , non !
Forez, Tu penses que J.C. était un télémarkeur qui s'ignorait ? Pourquoi pas …Je vais réfléchir là dessus jusqu'à l'hiver prochain .
Modifié il y a 9 ans
Petit retour sur le 90/10 de N75: c'est un cap intéressant, que j'ai vécu aussi, et qui correspond à une étape que beaucoup de skieurs ont dû ressentir.
C'est pas un exercice de rhétorique sur la mécanique des forces en langage moniteur que je propose, mais une approche fondée sur le fait que le principal frein à l'apprentissage me semble vraiment être dans nos têtes.
Au stade débutant complet dans l'univers de la glisse, la principale crainte est la chute, ce qui entraîne une belle raideur du sujet. On peut affirmer haut et fort qu'on a pas peur de tomber et rester raide comme un piquet, sans réussir à se décontracter, pour des questions de réflexes de survie qu'on ne maîtrise pas. On voit la même chose en escalade sur des sujets qui n'ont pas le vertige, mais qui vont serrer les prises comme des malades jusqu'à implosion des avants bras dans des traversées à 50cm du sol.
Après quelques chutes on dédramatise vite le contact avec l'élément ouaté, et même pire la chute devient un refuge sécuritaire qui nous empêche d'évoluer vers plus de vitesse et de maîtrise. En clair si on apprenait à skier sur du gravier, je suis sûr qu'on apprendrait plus vite. En ski on passe assez rapidement au stade que décris Slequedois: on a envie d'y aller, alors on se lance, et à peine lancé, pfuit! on a glissé sur son séant dans un tapis souvent plus confortable que celui de l'inconnue des sensations du stade suivant avec un seuil de vitesse supérieur.

On est coincé sur un palier,ya un seuil à franchir, on peut lire et relire tous les bouquins de théories sur le télémark au monde, cela reste du charabia plus ou moins abstrait tant qu'on a pas exploré un autre registre de sensations. A un moment donner faut vraiment se lancer accepter la pente, l'accélération de ses planches, refuser la chute pour tenter de ressentir de nouveaux trucs.

C'est là que le 90/10 de N75 est intéressant. On est pas encore tout à fait au 50/50 de Lionel Condemine, mais quand tu engages 90% de ton poids du corps sur la jambe aval, psychologiquement, tu ne fais pas semblant d'engager le bonhomme dans la pente.
Le mouvement est dynamique, le juste équilibre à trouver ne se fait quasi que sur la jambe avant, la jambe arrière n'est presque qu'une bequille. Du coup on sait à l'avance sur quel pied on va devoir s'équilibrer, et il est plus facile de trouver son équilibre.
Ca semble paradoxal de dire que c'est plus facile de s'équilibrer sur un pied que sur deux, mais dans la pratique si je vais m'équilibrer sur la jambe avant ça me simplifie considérablement les déséquilibres avant arrière.
C'est un engagement franc qui va mécaniquement se traduire par une entrée en dérapage assez brutale. On se retrouve du coup très vite à déraper en travers de la pente et du coup la perspective inquiétante est vite effacée, sauf qu'on a amorcé un vrai truc: dès lors que l'on parvient à entretenir un peu de vitesse en dérapage, l'ouverture de la fente suivante n'est que plus facile à mettre en oeuvre.
Le problème car il y a un problème: c'est qu'en engageant 90% du poids sur la jambe aval, on enchaîne pas forcément une vraie succession de conduites de courbes, mais une succession de dérapages en travers de la pente. Mais c'est déjà un sacré pas en avant. Sur le palier décris par Slequedois on est un peu comme installé devant un volant avec l'intention de tourner, mais en ayant peur d'appuyer sur l'accélérateur. Pour un premier virage à 90/10 on a fini par se dire: ok j'appuie à fond sur l'accélérateur mais en même temps on a trouvé où étais caché le frein à main.
Bilan avec le 90/10 de N75 on braque et on freine tout de suite, mais on a un exercice intéressant pour réussir à s'engager, pour gagner de l'aisance en équilibre et en coordination, ces limites sont dans l'usure des cuisses et dans la qualité du manteau neigeux (ça ne peut pas marcher que sur une neige proche des qualités d'une neige damée)

Quand on a ressenti le 90/10 de N75, on a ouvert une belle porte sur du 80/20, du 70/30, du 60/40 pour aboutir au stade de Lionel. En répartissant mieux, on affine les conduites, on limite les efforts en dérapage, on gagne en fluidité et en plaisir. Dans la progression on peut aussi jouer à se lancer sur du 90% sur l'avant en entrée de virage, pour venir rapidement à recharger l'arrière et affiner la fin de la courbe.

J'aime beaucoup l'idée de Robert sur le ski unique: à 50/50, mon ski arrière est proche d'être juste le prolongement de mon ski avant ou vice versa. On comprend aussi que la puissance nécessaire pour enchaîner les virages est plus homogènément répartie que sur un 90/10 où je vais faire exploser une cuisse puis l'autre à tour de rôle.


Modifié il y a 9 ans
sancho a écrit :

Quand on a ressenti le 90/10 de N75, on a ouvert une belle porte sur du 80/20, du 70/30, du 60/40 pour aboutir au stade de Lionel. En répartissant mieux, on affine les conduites, on limite les efforts en dérapage, on gagne en fluidité et en plaisir. Dans la progression on peut aussi jouer à se lancer sur du 90% sur l'avant en entrée de virage, pour venir rapidement à recharger l'arrière et affiner la fin de la courbe.

J'aime beaucoup l'idée de Robert sur le ski unique: à 50/50, mon ski arrière est proche d'être juste le prolongement de mon ski avant ou vice versa. On comprend aussi que la puissance nécessaire pour enchaîner les virages est plus homogènément répartie que sur un 90/10 où je vais faire exploser une cuisse puis l'autre à tour de rôle.
bonsoir
premiere sortie de la saison ce jour
a la lecture de ce fil, je prends conscience qu'on peut éviter la surchauffe des cuisses avec une répartition des équilibres (ma technique est autodidacte et jamais pris de cours)
dans les passages de neiges croutées en surface cet am, je me demandais si ce genre de neige se négocie en telemark ? pour ma part c'était plutot virage à l'arret…mais après vint de la poudreuse à l'ombre dans le vallon
Modifié il y a 8 ans
Bonjour à tous,

Je reviens sur ce post fort intéressant exhumé par manu3139.

Les choses ont progressé de mon côté depuis le printemps 2012. Pratique régulière, une nouvelle initiation lors de la journée SRN 2013 (merci Sancho) mais surtout une semaine de ski de rando alpi-nordique dans les Ecrins suivie d'un we d'initiation tlk avec Lionel Condemine. L'absence d'écailles (en fait c'était du SRN avec des skis de tlk légers + peaux), les pentes plus fortes des Ecrins et les longues descentes m'ont obligée à devoir accepter la vitesse et à commencer à abandonner le refuge dans la chute (ben oui parce que quand on a 1000 m de descente à faire on ne peut pas se permettre une boite tous les 10 m, c'est pas gérable en terme de fatigue). Tout ça accompagné par un professionnel pédagogue et en quel j'avais confiance. J'ai également fait un peu de piste la saison passée en alpin et en tlk.

Et je ressens vraiment ce que décrit Sancho : à savoir que la progression est surtout en train de se faire dans ma tête. Dimanche dernier en enchaînant des virages tlk stemmés (on fait ce qu'on peut) sur les pistes bleues non damées, je me suis surprise à sentir que ça chahutait sous les spatules mais à juste enregistrer l'info en l'acceptant et en continuant mentalement à finir mon virage. Et ça a marché. C'est bête mais j'ai eu l'impression d'avoir gagné une petite victoire personnelle à ce moment là. Je ressens bien aussi le fait qu'il faille un minimum de vitesse pour que ça marche bien. En tout cas j'ai le sentiment que la chute devient de moins en moins prévisible pour moi et est plutôt liée aux changement de neige que je n'ai pas réussi à ressentir.

Et puis les Svartissen + voilé cablé : c'est miraculeux. je continue à ressentir ce qui se passe sous mes skis mais tout en ayant l'impression de pouvoir les guider.

J'ai prévu au programme de cette année, de continuer à travailler sur l'acceptation de la vitesse et de la pente : ne plus couper les virages pour se réfugier dans le coup de frein salvateur (en version sans écailles), avoir confiance et ne plus se laisser entraîner par la panique neuronales : Help tu vas trop vite, tu ne vas jamais réussir à t'arrêter.

En ce qui concerne la répartition des appuis j'ai le sentiment d'être toujours en train d'ajuster en fonction de mes sensations : bien plier et aller vers l'avant quand je sens que cela ne veut pas tourner, remettre du poids sur le ski arrière quand je perçois qu'il est parti pour n'en faire qu'à sa tête.

Au fait Sancho, est-ce que cela serait envisageable de voir avec toi pour faire un petit we technique SRN/tlk dans le Jura ? J'envisage de proposer ça à un groupe de cafistes nancéiens.

Profitez bien de vos premières glisses,

SoL
Modifié il y a 8 ans
sleguedois a écrit :
Bonjour à tous,
mais surtout une semaine de ski de rando alpi-nordique dans les Ecrins suivie d'un we d'initiation tlk avec Lionel Condemine. L'absence d'écailles (en fait c'était du SRN avec des skis de tlk légers + peaux),

bonjour
et dans les passages pas trop pentus vous aviez toujours les peaux ? du fart ?
Modifié il y a 8 ans