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Bonjour tout le monde

Ci dessous un lien pour un petit compte rendu d'une traversée en ski au début du mois de mars 2020 dans le Finnmark.

https://voyageforum.com/discussion/laponie-finnmark-traversee-avortee-jusqu-cap-nord-continental-en-ski-pulka-d9962539/

Pierre
Bonjour
Si un jour cela peut servir ou donner des idées à quelqu'un : un CR de notre boucle en ski nordique effectué en mars 2019 dans la région d'Uummannaq qui au passage est vraiment magnifique (et commode si la banquise est la)
https://voyageforum.com/discussion/groenland-en-ski-pulka-fjord-uummannaq-peninsule-nugssuaq-d9579162/

Pierre

Un petit  CR de nos vacances en mars 2018 à Tasiilaq
Toujours les mêmes questions qui reviennent dès le mois d’octobre : où partir randonner en ski en mars et surtout avec qui…
Le groupe se monte au fil des demandes et des propositions : ce sera avec une ancienne camarade de promo qui fera sa première rando en ski/pulka ; à la salle d’escalade de Gap je rencontre un second partenaire qui a déjà de l’expérience dans ce genre de voyage. Eux ne se connaissent pas, ils se verront le temps d’un repas avant le départ.
Reste le choix de la destination, on est tous d’accord pour le Groenland et notamment pour un tour sur la presqu’île de Nugssuaq au sud d’Uummanaq. Mais mi-janvier 2018 le fjord d’Uummanaq n’est pas pris par la banquise, et suite à des échanges avec des locaux ceux-ci confirment que la situation n’est pas terrible mais qu’en mars la banquise sera probablement là …sauf si. Nous commençons à douter : on n’aimerait pas se retrouver sur la petite île d’Uummanaq avec une banquise trop fine pour le ski mais trop épaisse pour un éventuel transfert en bateau. Fin janvier, il faut se décider, et nous laissons tomber Uummanaq pour finalement choisir la côte Est : Kulusuk ou Ittoqqortoormiit. La seconde destination est un peu plus dure à atteindre, outre 2 correspondances en Islande les vols ne sont que le mardi et le jeudi ce qui rend difficile d’optimiser la pose des congés.  Ce sera donc Kulusuk.
Pour moi qui ai déjà visité la région plus jeune en mars 2007, ce sera l’occasion de tester ma mémoire.
Nous achetons les billets fin janvier Paris-Reykjavik avec IcelandAir et Reykavik-Kulusuk avec Air Iceland.
Reste l’itinéraire, les grands glaciers des montagnes juste au nord du village de Kuummiut (à 50 km au nord de Kulusuk) semblent un beau terrain de jeu. Reste aussi à organiser le transfert jusqu’à Kuummiut ; les agences contactées nous répondent qu’on verra sur place le jour même si quelqu’un a un bateau à l’eau. Nous dessinons alors les grandes lignes du périple : 2,5 semaines pour relier Kuummiut à Tasiilaq.
Pour ce qui est des ours, ils sont apparemment plutôt rares dans le coin mais plusieurs récits sur internet mentionnent des observations et même des contacts (visite de campement…) dans toute la région. En effet, des plantigrades dérivent du nord avec les plaques de banquises, on nous conseille d’ailleurs de prendre un fusil sur place.
 
Lundi  19 mars (J-1)
La météo se précise pour la fin de semaine où nous serons sur place : grosse tempête pendant au moins 3 jours avec vents moyens à 20 m/s. Petit moment de doute, est-il raisonnable d’aller à Kuummiut sachant que de là il y aura 180 km obligatoires à parcourir pour revenir en ville. Nous préférons jouer la prudence et nous réservons au dernier moment la navette hélicoptère entre Kulusuk et Tasiilaq. Sur place, dans la grosse ville du coin nous pourrons mieux aviser sur notre destination : boucle au départ de Tasiilaq si la mauvaise météo se confirme ou transfert en bateau à Kuummiut si le temps s’améliore.
 
Mardi 20 mars, mercredi 21 mars, jeudi 22 mars
C’est parti pour le grand voyage : Chorges-Lyon en voiture le mardi soir. Mercredi Lyon-Roissy en TGV, Roissy CDG-Keflavik en avion, nuit d’auberge en Islande. Longue marche jusqu’à l’aéroport de Reykjavik. On n’est pas trop de trois pour porter les 3 pulkas, les skis et tout le matériel y compris glaciaire (cordes, crampons, baudrier…). L’avion décolle pour Kulusuk sous le soleil islandais et à peine 1h30 plus tard nous voici enfin sur place à 10 h heure locale. Le temps est très couvert. L’hélico est à 15h ; on refait les bagages pour équilibrer les poids et profiter de l’absence de contrôle de sécurité pour mettre les choses lourdes en bagages à mains (crampons, hache…). A Tasiilaq nous donnons rendez-vous à Rasmus, contacté avant le départ qui gère l’agence Greenland Vacation et qui doit nous louer un fusil, un chien et peut être nous transférer à Kuummiut. Il confirme nos craintes, dans deux jours la tempête arrive, il nous propose cependant un plan : nous emmener en motoneige jusqu’au front de banquise de l’île de Qernertivartivit et de là un ami à lui nous emmènera en bateau à Kuummiut. Nous n’hésitons pas longtemps. Vu la météo nous allons nous retrouver coincés plusieurs jours sous la tente juste après le départ. Nous décidons de partir pour une boucle au départ de Tasiilaq. Nous attaquons les courses au Pilersuisoq qui ferme dans 45 min… Evidemment, vu la quantité de choses à acheter nous ne finalisons pas tous nos achats et nous partons vers l’extrémité nord de la ville pour monter le camp à l’écart. Rasmus nous rejoint au campement pour nous emmener le chien et le fusil. Nous rencontrons donc le 4ème compagnon : Storm un chien groenlandais plutôt massif mais très calme. Rasmus nous explique comment l’attacher, lui mettre son harnais, ses sacoches de portage remplies de croquettes et nous montre comment charger le fusil. Il commence à se faire tard, Rasmus nous laisse et Storm commence alors à pleurer et toute la nuit ses hurlements nous empêchent de dormir. Nous découvrirons plus tard qu’il suffisait de sortir avec une pelle en criant « Storm ».
 
Vendredi 23 mars
Debout à 6h, nous finissons les courses manquantes, le choix est assez limité dans les deux Pilersuisoq.  Pas de pates chinoises, une seule sorte de pain, de muesli et de fromage. Nous ferons avec. Nous achetons des pates cuisson normale pour compléter les cuissons rapides et la semoule emportées de France. Nous trouvons dans les deux magasins du benzine pour nos deux réchauds à essence et des cartouches de gaz (un de nos réchauds est multi combustibles)
A midi nous partons enfin, plein nord dans le golfe de Tasiilaq qui est bien gelé. Nous découvrons la randonnée avec le chien. Heureusement son tempérament calme se confirme, en traversant le chenil tous les chiens lui hurlent dessus mais il reste complètement indifférent et se contente de trottiner sur la piste de motoneige sans toutefois trop tirer sur son trait !  Rasmus nous a fourni un harnais de cani-cross mais il est aussi possible d’accrocher la laisse au harnais de la pulka ou à la ceinture ventrale du sac.
Bivouac à l’extrémité nord du grand lac de Qorlortoq So. Nous installons les 4 détecteurs de mouvements à pile emmenés de France à chaque angle de la tente. Autour du repas, nous allumons la centrale et 2 min après la sirène sonne. Nous pensons bien sûr à un faux positif mais nous sortons quand même vérifier. Et non ! Un chien errant tourne autour de la tente, il traine à son harnais 20 m de corde qui s’emmêle dans les ficelles de la tente… A force de cris et de menaces de pelle, il finit par fuir. Si les détecteurs ont bien marché, Storm lui n’a pas bronché….
 
Samedi 24 mars
Réveil à 5h45, ciel couvert, nous reprenons la « route », à savoir une grosse trace de motoneige qui relie Tasiilaq à Tiniteqilaq. 2h plus tard nous arrivons au lieu-dit du « Coffee Bar » : 3 cabanes privées et fermées pour les touristes et une autre ouverte mais assez rudimentaire : 4 planches, un toit, une porte, pas de fenêtre, des jours au niveau de la porte…. Mais tout de même, une grande banquette et une table. 

La tempête est prévue pour ce soir, il n’est que 10h mais on ne va pas se priver d’avoir un abri contre les vents annoncés. En attendant nous allons profiter des éclaircies pour monter sans les pulkas sur un contrefort du glacier Mittivakkat. Au sommet, nous distinguons le fjord Sermilik, mais le vent nous empêche de profiter  de la vue. Nous découvrons aussi la descente avec un chien de traineau, outre la difficulté de tourner avec des skis de randonnée nordique, il faut rajouter les grands coups de reins du chien qui court et tire tant qu’il peut !
Soirée dans la cabane, le vent se lève et siffle entre les planches, et nous calfeutrons le jour de la porte avec une bâche. Alors que le sommeil nous gagne, le vent ouvre la porte dans un grand fracas, neige et vent pénètrent dans la cabane le temps de vite nous barricader à nouveau dans notre abri.
 
Dimanche 25 mars
Tempête, vents, neige pas de visibilité nous n’essayons même pas de sortir. Nous faisons quand même le plein d’eau dans une portion de rivière non gelée. Entre deux parties de cartes un bruit étrange de bâche qu’on froisse attire notre attention. Nous nous précipitons dehors, Storm a réussi à attraper une pulka et s’est emparé d’un sac de fromage. Nous récupérons notre bien à l’aide d’une pelle et nous éloignons les 3 pulkas de la bête.  Nous découvrons aussi pourquoi il est utile de lui enlever son harnais chaque soir : il en a coupé une sangle pendant la nuit. L’aiguille et le fil vont servir !
A midi un autre événement inattendu se produit : quelqu’un ouvre la porte. Débarque alors un Groenlandais, Mickael, couvert de neige qui tremble de tout son corps, il a l’air épuisé. Il parle bien anglais et nous en apprend un peu plus sur sa situation, il est tombé en panne de motoneige la veille vers le glacier qui permet de rejoindre Tiniteqilaq. Il a passé la nuit dehors, dans un trou creusé avec la visière de son casque et s’est mis en route ce matin vers les cabanes. Il a pour tout équipement un sac en plastique et une canette de coca vide qui lui a permis de boire dans les trous d’eau. Il espère être pris en « stop » prochainement.
On lui offre le thé, le repas du midi, encore du thé et pour finir un duvet dans lequel il se glisse et s’endort presque immédiatement. On le réveille au soir pour le repas chaud mais l’appétit l’a quitté et il se rendort.
La nuit arrive, on se partage donc les deux duvets restants pour trois en dormant avec nos grosses doudounes.
Dehors, il vente et il neige et la hauteur de poudreuse au sol commence à être impressionnante…
 
Lundi 26 mars.
Neige et vent, toujours personne n’est passé sur cette portion pourtant très parcourue. Nous partageons donc notre quotidien avec notre compagnon d’infortune avec qui nous pouvons discuter ;  il est plombier, il a passé 20 ans au Danemark où il a appris l’anglais.
Nous décidons de faire une tentative à pulka pour rejoindre Tiniteqilaq et alerter quelqu’un que Mickael est ici et attend de l’aide. 2h plus tard et 500 m plus loin il faut se rendre à l’évidence, il y a trop de neige fraiche, nous n’atteindrons jamais le village et personne ne viendra chercher Mickael aujourd’hui. Nous le retrouvons dans la cabane pour un nouveau repas et nous nous préparons pour le partage de duvets nocturne. Il fait entre -5 et 0°C à l’intérieur.
23h. Alors que nous dormons un grand vacarme nous réveille, la porte est presque enfoncée et un assourdissant « Greenland Police here » raisonne dans la cabane. Un géant Danois couvert de neige entre. Tout de suite il est apaisant et nous explique qu’ils sont à la recherche de Mickael.
Rasmus fait parti des secouristes et nous donne la météo : encore un jour à tenir et le beau temps arrive. Mickael nous quitte, très reconnaissant. On apprendra au retour que l’opération était sérieuse, un avion avait été même dépêché sur la zone et attendait un créneau météo. Il aura fallu aux secouristes un convoi de 30 motoneiges pour ouvrir la piste. ! Un article de journal lu retour confirme la violence de la tempête à Tasiilaq : les vents ont dépassé les 35 m/s en rafale et les enfants n’avaient pas le droit de quitter l’école sans leur parents…
 Nous revoilà seuls dans la cabane mais cette fois avec un duvet par personne !
 
Mardi 27 mars
Le vent est un peu tombé mais la visibilité est nulle et il neige  et il tombe d’énormes flocons. Tout est recouvert de neige, les pulkas, les cabanes à touristes, la rivière… C’est impressionnant. Nous ressortons les cartes pour une nouvelle journée d’attente

 
Mercredi 28 mars
6h du matin, nous ouvrons la porte et voyons le ciel bleu. Le paysage est sublime, le soleil éclaire les sommets, tout est noyé dans une belle neige blanche. Nulles traces de passage où que l’on regarde, la vallée est à nous.
 
Nous décollons avec les pulkas direction Tiniteqilaq. La joie est de courte durée, 30 min plus tard nous avons parcouru quelque chose comme 200 m. Le chien dépasse à peine du sillon creusé par les pulkas. Continuer n’a aucun intérêt tant l’effort est intense. Si on veut bouger dans ces conditions ce sera sans les traineaux. Nous partons donc en skis pour une journée en étoile depuis la cabane. Nous visons un contrefort côté 636m sur la carte qui surplombe le Sermilik. Les relais se succèdent pour faire la trace.

 La tempête a gommé toutes traces humaines sur l’axe Tasiilaq-Tiniteqilaq ; on a l’impression d’être seul au monde. Il nous faudra quand même plus de 6h pour faire les 8 km qui nous séparent du sommet ! Pour la première fois du séjour, presque une semaine après notre arrivée nous voyons enfin le potentiel de la région : des montagnes aux faces impressionnantes de tous les côtés, des glaciers aux surfaces lisses, la calotte et surtout le Sermilik avec ses icebergs et sa banquise partielle qui contraste avec le bleu du fjord.

 Le retour se fait sans encombre, mais à la cabane nous retrouvons le chien errant du premier jour. Nous nous félicitons du petit débat du matin à savoir s’il fallait rentrer ou non les pulkas dans la cabane ; nous les avions rentrées et c’était la bonne décision ! Nous essayons tant bien que mal de lui faire peur, mais pour la nuit pas question de remettre les pulkas dehors. C’est un joyeux bazar dans cette petite cabane à trois avec trois traineaux sur la petite banquette.


Jeudi 29 mars.
La piste semble ouverte : des motoneiges ont effectivement tracé la montée vers Tiniteqilaq. Il fait nuageux Cette fois nous nous élançons avec nos pulkas, bien décidés à avancer. Nous sommes à 10 km de Tasiilaq 6 jours après le départ ! Nous avons bien fait de ne pas aller à Kuummiut. Nous montons une bute avant de redescendre dans la vallée où l’on doit rejoindre le glacier. Mauvaise surprise la trace s’arrête, il va falloir la faire nous-mêmes. Nous rejoignons tant bien que mal le fond de la vallée et nous nous attaquons à la montée du glacier. C’est horrible ! La neige fait basculer les pulkas sur la tranche. Nous sommes obligés de faire des relais avec un skieur sans sa pulka devant qui ouvre la trace avant de repartir chercher son traineau. Mais c’est à peine mieux. Storm s’enfonce jusqu’à la taille… 1h30 plus tard, on a à peine avancé et Storm refuse de continuer. Couché sur nos skis rien ne le fait lever. Mais voilà des motoneiges qui arrivent. Le bruit et les vapeurs d’essence qu’on cherchait à éviter nous ravissent. Nous rejoignons leur trace non sans peine notamment à cause de Storm qu’il faut tirer voire même porter.
La situation change subitement, nous avançons désormais plutôt bien, le soleil perce enfin les nuages, nous arrivons au sommet du glacier sous un soleil radieux sans vent avec une vue imprenable juste à l’heure du pique nique. Nous attaquons la descente sur le Sermilik et nous trouvons un super emplacement de bivouac 200 m au dessus du fjord. Nous apercevons au loin le village de Tiniteqilaq. Le soleil se couche, la lune se lève, le froid s’installe. Quelle joie après ce début de séjour compliqué.
 
Vendredi 30 mars
Une belle  journée s’annonce -15°C au réveil, il est 5h50, tout est silencieux. Nous avons hâte de profiter de notre première journée complète de beau temps froid et sec.
Nous laissons le camp après avoir pris soin d’enterrer les pulkas, et nous filons direction Tiniteqilaq. Le village donne une impression de bout du monde. On se dit qu’on aurait pu limiter nos achats à Tasiilaq et s’approvisionner au Pilersuisoq local pour alléger les pulkas… Nous montons sur la crête au nord du village.

 L’ambiance est magique, neige scintillante et vue superbe sur le Sermilik. 

Nous poussons jusqu'à ce que l’horaire nous rappelle. Il faut retourner à notre campement. Sur le bout de crête final, la vue porte très loin, nous repérons la vallée de Kuugarmiit Aqquitaat par laquelle nous rentrerons, les chaines de montagnes au nord de Tiniteqilaq et le fjord d’Ikaasatsivaq tout en glace qu’on hésite également à emprunter pour le retour.


 Les paysages sont vraiment très alpins et la moindre montagne même à l’altitude modeste offre des versants à pics ou de grandes faces glaciaires.
La descente s’effectue dans un petit canyon qui donne directement sur la banquise. Les 200 m de remontée vers notre camp sont bien longs après cette belle journée.

Comme la veille, les détecteurs se déclenchent à l’heure du coucher de soleil. Peut être sont-ils sensibles au soleil rasant…
Storm qui est attaché un peu loin (10m) pleurniche, il faut sortir pour le calmer.
Nous réfléchissons au planning de la semaine suivante, pousser plus au nord avec les pulkas, refaire une journée en étoile, rentrer par la vallée, rentrer par le fjord….
 
Samedi 31 mars
Nous nous sommes décidés pour amorcer le retour sur Tasiilaq par la vallée de Kuugarmiit.
Nous nous engageons sur le fjord pour gagner l’ouverture de la vallée. 

Elle est magnifique, longue de 15 km et large de 1 km, elle est entourée de hauts sommets très rocheux. Il n’y a pas une trace, nous sommes seuls. Nous ouvrons donc la « piste » dans une belle neige qui s’est un peu tassée mais qui reste bien physique pour le traceur ! Des avalanches qui doivent dater de la tempête ont traversé la vallée sur toute sa largeur !
La météo est au beau fixe, pas de vent, assez frais, c’est l’étape du voyage !

Il y a quand même 350 m de dénivelé à effectuer mais le décor somptueux fait oublier les ressauts à gravir. De leur sommet nous distinguons notre trace qui fend toute la vallée en deux.
Il nous faut une bonne journée pour déboucher sur le fjord opposé. Comme depuis le début nous évitons le bord de mer pour diminuer le risque de mauvaises rencontres, nous campons juste avant d’entamer la descente vers la banquise.
Au cours du repas, le détecteur sonne, Storm a fait sauter son ancrage qu’il faut à nouveau recommencer.
 
Dimanche 1er avril
5h50 il fait bien froid ce matin lors de la levée du camp et encore plus lorsque nous atteignons la banquise : -20°C, le record du séjour. Heureusement le soleil chauffe vite et on enlève rapidement des couches. La traversée du fjord Imiilaa est digne de l’étape de la veille, du soleil, pas de vent, des pics et des glaciers de tous les côtés, personne, pas une trace, on en prend plein les yeux

 Petit moment de frayeur lorsqu’au niveau de petites iles, nous tapons sur la banquise avec le bâton et presque sans effort nous passons à travers une mince couche de glace. Pourtant tout autour de nous, tout est blanc de neige, on n’aperçoit ni failles, ni fissures, ni eau. Peut-être que la présence d’île créée des courants qui amincissent la couche de glace. Nous nous dépêchons de gagner une zone où le fjord est plus large.

Nous franchissons le cap de Pitserpaajik qui offre un super promontoire au-dessus de la banquise. Ça tombe bien c’est l’heure du pique nique.

Le ciel se couvre un peu mais le plafond est haut ; nous continuons en direction d’un glacier qui se jette dans un grand lac en bordure du fjord de Sammileq.
Nous attaquons, en prévision de l’étape de demain, la montée sur le glacier pour atteindre un col à 550 m qui permet de rejoindre la piste principale Tasiilaq-Tini.
Nous bivouaquons après 200 m de dénivelé, bien fatigués après cette longue étape où il aura fallu faire la trace une bonne partie de la matinée.
Le glacier, lui, est tracé, d’ailleurs une motoneige passe à côté de la tente, le détecteur sonne. Le système semble efficace !
 
Lundi 2 avril
Nous visons cette fois une cabane que Mickael a indiquée au bord du Sermilik à 25 km de la. Il y a deux cols à franchir mais à priori ils sont tracés.

 Le temps est grisonnant mais la visibilité est très bonne, les nuages restent haut dans le ciel. Nous démarrons par la remontée sur le glacier qui est finalement très skiante et nous franchissons le col 2h après le départ. La descente sur le lieu dit du « Coffee bar » est un peu plus laborieuse mais passe sans difficultés majeures. Nous ne sommes pas aidés par Storm qui profite d’un moment d’inattention pour nous fausser compagnie pour la première fois du séjour. Nous crions, l’appelons mais il trottine devant sans se soucier de nous. Nous appliquons alors la technique suprême, déballage de sandwichs, de chocos, de graines et 2 min plus tard le voilà qui rapplique. Nous le félicitons d’être revenu avec des biscuits mais on a aussi l’impression qu’il nous a bien eus !
Nous repassons à notre cabane salvatrice pendant la tempête et nous filons plein Ouest en direction du Sermilik. La descente se fait dans un lit de rivière encaissé, c’est plutôt atypique et très joli. A l’extrémité du canyon, le fjord apparait au tout dernier moment. Il est aussi extraordinaire que les jours précédents d’autant que le ciel s’est dégagé il fait à nouveau grand beau. La lumière du soir et la difficulté de l’étape rendent cette arrivée encore plus mémorable sur le fjord et ses icebergs. La cabane est bien là, elle surplombe une petite baie qui emprisonne quelques beaux icebergs. 
Elle est ronde avec des fenêtres qui offrent 360° de panorama, on va être comme des rois. La porte ne bouge pas, il va falloir pelleter la glace et la neige accumulée devant.

Le déblayage effectué c’est la déception la vraie ! La porte est fermée, on n’a que nos yeux pour pleurer les 3 belles banquettes qui entourent une table en marbre ronde. Après deux cols et 25 km de parcourus nous partons dépités à la recherche d’un coin de bivouac, qui plus est en bord de mer ce qu’on a toujours évité de faire. Mais pendant que nous rattachons nos pulkas, une petite lanière rouge qui pend à un hauban de la cabane attire notre attention, au bout du cordon c’est bien une clé qui ballotte au vent !
En moins de temps qu’il n’en faut pour le dire, nous voilà dans une superbe cabane bien propre avec chacun sa couchette, une vue imprenable sur le fjord et à l’abri de tous visiteurs nocturnes. Dure de décrire notre joie à ce moment-là.
Chacun vaque à ses activités pour le reste de la soirée, repos contemplatif, cuisine, écriture et pêche à la ligne dans les failles de banquises. Heureusement, nous avons encore beaucoup de  nourriture…
D’un commun accord et sous un coucher de soleil dont on ne perd pas une miette pendant le repas nous décidons de rester ici 2 nuits consécutives.

Demain nous explorerons les abords du Sermilik sans les pulkas par les petites bandes de banquises côtières.
 
Mardi 3 avril
3h du matin, réveil nocturne pour les aurores et grosse déception, le ciel est couvert, il neige et le vent se lève.
A 6h30 au lever, la situation ne s’est pas améliorée, nous hésitons quant à la suite de la journée. Nous ne connaissons pas la météo pour les jours suivants mais maintenant nous savons que les tempêtes peuvent considérablement ralentir la progression. Au vu de l’étroit canyon emprunté pour se rendre ici, nous décidons de retourner sur l’axe Tini-Tasiilaq pour ne pas se retrouver coincés par la neige fraiche ou le vent. Tant pis pour la journée banquise et icebergs et la nuit dans cette belle cabane
Sous un petit crachin de neige et avec une visibilité moyenne nous retournons au lieu dit du « Coffee Bar ». Nous pique niquons dans la veille cabane qui nous a abrités la première semaine. La porte a été laissée ouverte et un chien en a profité pour déchiqueter un vieux sac poubelle qui trainait. La table est cassée et 10 cm d’ordures jonchent le sol…
Nous remettons tout d’aplomb et nous emportons les ordures avec nous.
Nous croisons Rasmus sur son traineau mais cette fois il ne connait pas la météo. Dommage.
Nous bivouaquons à quelques encablures de la baie de Tasiilaq, à peine 5 km nous séparent de la ville. La météo est plus que moyenne, neige et brouillard.
 
Mercredi 4 avril
Pas d’amélioration côté météo, nous décidons de filer sur la ville pour chercher les prévisions et organiser les derniers jours du voyage.
Storm qui a compris notre destination, se réveille enfin et nous montre toutes ses qualités de chien de traction : sur le plat il traine à quelques km/h un skieur avec les peaux et la pulka !
La ville sort peu à peu des nuages et nous entrons par le port en direction de la poubelle du Pilersuisoq.

Une motoneige nous accoste et un pêcheur nous demande si nous sommes bien les 3 touristes qui étaient dans la cabane avec Mickael. Au nom des habitants de la ville il nous remercie d’avoir sauvé Mickael puis nous photographie pour illustrer les informations locales. C’est émouvant et même un peu gênant puisque finalement la seule chose que nous ayons eu eu à faire, c’était d’être dans la cabane occupés à manger et jouer aux cartes…
Nous croisons Rasmus (encore) et nous convenons de lui rendre le chien le jour même et de garder le fusil la dernière nuit. Sur ses conseils, nous partons monter le camp dans la vallée des fleurs au dessus de la ville. Après avoir dépassé le cimetière nous trouvons l’emplacement parfait : un sommet de bute tout plat, caché de la piste et de la ville. Nous élaborons les plans du lendemain maintenant qu’on sait qu’il fera beau : monter au sommet du Qaqqartivakajik une montagne juste au dessus de la ville.
L’après midi est consacré à la visite de Tasiilaq et à la séparation avec Storm. Tout se fait rapidement mais il nous semble l’avoir entendu pleurer quand Rasmus l’a ramené au chenil !
 
Jeudi 5 avril
5h30 il faut profiter du dernier jour et surtout du soleil. Une heure plus tard nous sommes sur les skis et nous remontons la vallée des fleurs en direction de la facette nord-ouest du sommet. 
Au vu des traces il a l’air d’être assez fréquenté. Par une petite traversée un peu plus raide que les pentes précédentes nous rejoignons l’arête facile qui mène au sommet. 

A 9h la vue apparait : devant la banquise dérivante de l’océan, derrière l’île d’Ammassalik et toutes ses montagnes. 

Nous contemplons un long moment ces grands à-pics et cette banquise océanique mythique qui a longtemps rendu la côte Est si sauvage et inaccessible.


Nous descendons plein nord dans une bonne neige poudreuse. Une bonne quinzaine de personnes en skis de rando sont maintenant sur la montagne.
Nous entamons une nouvelle montée vers le Ymers Bjerg que l’on compte atteindre par sa grande crête qui du bas semble être un excellent coin de pique nique. La neige commence à transformer sous le soleil mais lorsque nous atteignons l’arête, un vent glacial nous cueille, pas question manger ici ou de poursuivre plus haut. Nous descendons une nouvelle fois plein nord en espérant que le vent diminue et nous rejoignons une autre vallée qui ramène sur la baie de Tasiilaq. Nous regagnons la tente à 18h très contents de ce dernier jour.
Vendredi 6 avril
5h00 et déjà le réveil pour l’hélico à 8h45. 

Nous chaussons une dernière fois pour atteindre l’héliport, heureusement la route est mieux enneigée qu’à l’aller.
1h30 sont nécessaires pour refaire tous nos bagages et sans aucun retard nous atterrissons en Islande.
De l’aéroport, la longue marche commence jusqu’à notre auberge du centre ville.  Il nous faudra plusieurs pauses ! Nous nous aidons des chariots de l’aéroport que l’on compte évidement ramener ensuite mais après 500 m parcourus déjà deux personnes en voiture se sont arrêtées pour nous dire que c’était interdit….
 
Samedi 7 avril
C’est la journée repos du séjour, piscine et tourisme à Reykjavik
 
Dimanche 8 avril
C’est la journée galère du séjour. Lever 4h du matin puis longue marche toujours surchargés jusqu’au FlyBus. Vols jusqu’en France  parfait puis les embrouilles arrivent grâce à la SNCF : trains de Roissy  supprimés, RER vers gare de Lyon supprimés… On parle, on discute, on négocie et on atteint finalement Lyon à une heure malgré tout correcte où l’on retrouve la voiture garée à la première place gratuite trouvée à notre arrivée…
 
Divers :
Les ours :
 Rasmus nous a bien mis en garde : la région est un pays à ours, une semaine avant notre arrivée un ours a été vu à l’héliport de Tasiilaq. Nous apprendrons aussi qu’une semaine après notre départ des ours ont été abattus à Kulusuk. Mickael nous a également raconté que depuis la cabane où nous avions trouvé refuge, des touristes en avaient vus…Il semble qu’il est toutefois dur de conclure à une augmentation de la présence d’ours dans la région car le nombre de touriste a également augmenté.
La plupart des groupes de touristes ou de locaux rencontrés étaient armés.
Finalement nous n’avons vu aucune trace ou signe et lors de nos échanges avec des locaux,  personne ne nous a remonté d’observations récentes aux endroits visités. Mais chaque nuit la présence du plantigrade était dans les esprits et plusieurs fois nous avons tendu l’oreille ou sommes sortis pour lever un doute sur un bruit suspect !
Nous avons donc mis toutes les chances de notre côté pour éviter les surprises : nuits loin des fjords, entrainement au fusil avant de partir (même si en fait ce n’est pas bien compliqué à utiliser), location d’une carabine avec 25 munitions, protection à 360 °C de la tente avec des capteurs de mouvement à piles qui se déclenchent à 8 m (très fonctionnels aucun faux positif pendant la nuit), pas de nourriture dans la tente si ce n’est dans un bidon de kayak et location d’un chien pour donner l’alerte.
 
Randonner avec un chien : dur de savoir ce qui nous a réellement motivé : le côté sympa d’avoir un magnifique chien groenlandais pendant 15 j ou avoir un chien d’alerte pour nous réveiller la nuit. Sûrement un peu des deux.
Néanmoins la présence un chien implique quelques contraintes. Chaque soir il faut s’arrêter près d’un rocher (ce qui rajoute un facteur de choix d’emplacement de bivouac) ou creuser un profond corps mort pour l’accrocher, lui enlever son harnais et ses sacoches. Chaque nuit, il faut interpréter ses bruits et ses cris (il était très pleurnichard en soirée mais très calme pendant la nuit). Chaque matin ce sont les opérations inverses qu’il faut effectuer : déterrer le corps mort, enfiler le harnais gelé et donc bien plus dur à mettre en place. Chaque jour il faut gérer ses déplacements : lui démêler la patte de son traie, encaisser ses coups de reins ou d’accélération lors des descentes ou alors le tirer lorsqu’il se fait plus lent ou qu’il refuse de repartir, avoir un œil permanent sur la nourriture… Il est donc clair qu’à toutes les taches nécessaires à la réalisation d’une randonnée nordique un chien en rajoute un certains nombre et cela quelle que soit la météo. L’efficacité contre les ours ne nous a pas paru complètement assurée, Rasmus était certain que le chien allait faire quelque chose en cas d’ours mais quoi ? Pleurs ? Aboiements agressifs ? Silence de mort… ?
Malgré tout au fil des jours le chien est devenu un membre du voyage. Il offre un peu de divertissement à son skieur, un beau premier plan aux photos et lorsqu’il se met à tirer il apporte réellement une aide à celui qui le tient. Et quand un bruit survient dans la nuit on peut toujours se dire la phrase magique « c’est Storm qui bouge ».
Nous avons tous ressenti un petit vide lors de la séparation.
 
Le trajet :
L’accès à la côte Est est un peu laborieux et onéreux. Le transit à Reykjavik rajoute vraiment une étape au voyage avec bus, changement d’aéroports…
Les liaisons hélicoptères sont gérées par Air Greenland et la franchise bagage est limitée à 20 kg par personne. C’est donc assez dur de ne pas dépasser avec le matériel hivernal et glacière. Avec les marges à prendre au retour pour les éventuels les retards aériens nous avons eu 5 jours complets de transit… Mais on n’a rien sans rien !
On s’est hâté dans la prise des billets (achat fin janvier 201smile en voyant la mention  « Sold Out » à beaucoup de dates mais à l’aller comme au retour l’avion était loin d’être rempli.
 
La région :
Les paysages sont magnifiques, très alpins avec des montagnes aux formes très élancées. Les nombreux glaciers qui les couvrent semblent propices au ski et chaque apparition du Sermilik mérite une pause contemplation.
Pour la banquise, la plupart des fonds de fjord et des baies étaient pris, le Sermilik et le fjord d’Ammassalik étaient impraticables voire complètement en eau pour le dernier.
La météo est quand même capricieuse, heureusement nous avons bénéficié de l’anticyclone lors de la partie la plus belle du voyage mais la fenêtre de beau temps entre deux tempêtes semble se limiter à quelques jours.
La température a globalement été clémente, autour 0°C/-5°C en journée et un peu plus froid les nuits ou le ciel était dégagé : -15°C.
 
Logistique
Nous sommes avons loué le chien et le fusil chez Greenland Vacation tenu par un danois qui réside sur place. Tout s’est très bien passé. Depuis la France,  nous avons eu des réponses complètes et très rapides depuis la France (souvent dans la journée) à nos questions. Sur place le matériel était déjà tout prêt, Rasmus a pris soin de nous expliquer point par point chaque opération nécessaire à l’utilisation du fusil et à la randonnée avec un chien. Bref, nous recommandons.
 
Matériel
C’est celui d’une randonnée en ski nordique classique : chacun sa pulka (le bac bleu Snowsled), son brancard et sa paire de skis.
Pour le couchage : une tente 4 places Mountain Hardwear Trango 4 (dont les portes à ouverture de bas en haut ne sont vraiment pas pratiques), deux réchauds MSR Universal un fonctionnant avec de l’essence C, l’autre au gaz inversé. Celui au gaz a été beaucoup moins efficace. A noter qu’on trouve très facilement de l’essence C en bouteilles vertes de 50 cl avec noté « Benzin » dans les supermarchés.
Pour l’orientation : GPS, balise Spot et les deux cartes au 1/100 000 qui couvrent la région. Le matériel pour glacier nous a bien alourdi tout le séjour (crampons, cordes, baudriers, broches…) mais le jour où il devra servir on sera content de l’avoir…
Les chaussures Fisher BCX 2017 ont comme l’année dernière montré leur limite (elles étaient pourtant neuves suite à leur remplacement sous garantie) : trous au niveau de la zone de flexion, casse de l’élastique de serrage de la guêtre intégrée et impossibilité de fermer la fermeture éclair dès que du givre se formait dessus (c'est-à-dire chaque matin…).
On a eu du réseau (Free) aux abords des villages.
 
Le prix :
Le voyage a couté 2200 euros par personne au départ de Paris dont 1300 pour l’avion, 300 pour l’hélicoptère, 200 de transit en Islande (avec 3 nuits de chambre en auberges), 300 de courses sur place et 100 euros de location de chien et de fusil.
 
Le parcours :
Nous avons parcouru 115 km avec les pulkas et 150 en incluant les journées en étoile depuis le camp. Avec la tempête et la neige fraiche la progression a été vraiment difficile la première semaine. Au vu des expériences précédentes au Groenland j’avais tablé sur un parcours de 200-250 km avec pulka… La réalité fut donc bien différente.  Il était tout simplement impossible de progresser pendant et après la tempête au vu des hauteurs neige.
 
Pour finir
Il aura manqué quand même manqué à ce voyage une touche d’isolement et d’engagement. Les conditions ne nous ont pas permis de nous éloigner de l’axe Tasiilaq-Tiniteqilaq très parcourus par les locaux et les touristes. Les montagnes et les vallées au nord du Tiniteqilaq semblaient être un peu plus sauvages.
Mais si il y’a une chose à retenir du Groenland c’est que tout y grandiose et magnifique peu importe ou l’on regarde et l’une des plus belles journées fut celle au sommet du Qaqqartivakajik à …2 km de Tasiilaq !

 
Si ca peut servir à quelqu'un, un CR d'un nouveau voyage à Disko.
Préparatifs
Cette année la rando nordique aura lieu au Spitzberg, nous sommes décidés ! C’est facile d’accès, avec des reliefs arrondis idéals pour le ski nordique. Nous nous lançons dans les démarches et les préparations. Reste le problème des ours qui nous inquiète. Nous prendrons toutes les précautions : on louera un chien, on mettra une clôture électrique, une alarme et on fera des tours de garde. Les billets sont pris, tout est prêt. Puis vient la partie pratique, aucun chien n’est disponible, les essais d’électrificateur pour bétail ne sont pas concluants lorsque la prise de terre est dans la glace ou la neige très poudreuse, l’alarme qui est un carillon de sonnette ne fonctionne pas au congélateur et les tours de garde à trois par -20°C ou plus semblent un peu irréalisables.
Remise en question….en nous renseignant nous apprenons que les billets SAS Plus qui donnent droit à deux bagages en soute sont remboursables intégralement et sans frais. Nous remarquons que la baie de Disko est déjà bien remplie de glace pour un mois de décembre. Ravi de mon voyage l’année dernière là-bas,  je convaincs (facilement) donc mes compagnons de s’y rendre au mois de mars. Nous laissons tomber le Spitzberg.
Nous partirons donc à trois à Ilulissat les 15 premiers de mars 2017. Particularité pour cette année, je ne connais pas mes compagnons. Un ami commun nous a mis en relation mais c’est à l’aéroport que nous nous verrons pour la première fois. Ce voyage sera leur première randonnée nordique.
On achète les billets en décembre, Geneve Copenhague avec SAS et Copenhague – Ilulissat avec Air Greenland avec une nuit à l’hôtel à Copenhague à l’aller comme au retour.

 Jour 1
Voyage sans encombre, la pesée des bagages affiche 62 kilos pour 60 autorisés (« it’s ok » nous dit le guichetier).
Arrivés sur place à 14h, nous déballons les pulkas et les skis. Mauvaise surprise, un des skis, la fixation (NNBC auto) est cassée. Finalement, il s’agit de toute la partie plastique (de protection et d’habillement)  qui est foutue. L’amortisseur ne tient plus dans son logement. Mais la structure fonctionnelle métallique semble intacte, nous ferons avec!


Nous filons en ville à ski dans l’idée de boucler les courses et de s’éloigner de la ville pour camper.
Nous faisons tous nos achats au Pisiffik avec notamment pour 14 jours : 1.5 kg de confiture, 300 tranches de pain noir, 7 kilos de fromage, 2 kilos de beurre, 4,5 kilos de flocons d’avoine, des gâteaux, du chocolat… Pour le soir nous avons emmené de France 3 kilos de semoule (7 repas/personne) que nous complétons par 4 repas de pates chinoises et deux repas de purée. Gros problème : nous avons deux réchauds, un à essence et un à alcool à brûler et il n’ya du carburant pour aucun des deux ! Nous sillonnons toutes les « grandes surfaces », les épiceries, les stations service mais rien n’est concluant, ni alcool ni essence C. Il est 22 h tout commence à fermer, nous sommes crevés par le voyage et le décalage, il fait -20°C et nous n’avons pas de carburant. Partir avec de l’essence sans plomb et un seul réchaud à essence ne serait pas prudent. Nous montons la tente à côté de la ville après un bon hot dog en espérant trouver une solution le lendemain.

Jour 2 
Grand soleil.
Réveil brutal par des aboiements, des chiens détachés entourent la tente. Nous sortons chacun notre tour pour les tenir à distance des pulkas. Nous étions peut être un peu trop proches des maisons.
 Nous retournons en ville toujours dépités où nous errons à la recherche de carburant.  Puis par hasard (ou par miracle) nous croisons un français qui nous dit voyager avec Julien (français résident sur place) avec qui j’avais échangé sur l’itinéraire avant mon départ. Il nous communique son numéro de téléphone et après un coup de fil salvateur à Julien nous partons au Stark (ou Mr Bricolage). Après coup il était évident qu’il devait y avoir un magasin de bricolage mais nous étions focalisés sur les magasins alimentaires ! Bref, nous trouvons toutnotre bonheur, benzine, alcool… Nous prenons 15 litres d’alcool et 4 litres d’essence. Nous ignorons encore si c’est la joie d’avoir enfin du carburant qui nous a fait prendre une telle quantité pour 14 jours ! Nous reviendrons avec 7 litres d’alcool et 1 litre d’essence… Une belle surestimation.
Il est 11 heures et nous pensons partir, mais le téléphone portable sonne, c’est Julien qui nous dit que la piste d’accès au plateau est bloquée pour cause de course de traineau (championnat national).
Après échange avec les organisateurs, nous pourrons passez dès 14 h. Nous nous installons avec les spectateurs pour regarder cette fameuse course.

14h30 nous partons, avec pour objectif final, le glacier Eqip à 90 km au nord de la ville.
Bivouac au milieu du plateau d’accès au fjord Sikuiutsoq.

Jour 3 
Nuageux.
Grosse étape pour rattraper le retard. Les automatismes se mettent en place, le camp est levé rapidement. Petite surprise au pique nique, le sac de sandwiches a disparu, je l’ai  effectivement oublié à l’endroit où j’ai enlevé une couche. Il faut donc ouvrir toutes les pulkas pour accéder au beurre, au pain, au fromage et refaire tous les sandwiches….
Nous retrouvons Julien aux cabanes du front du glacier Avannarleq. Lui va à Ummanaq en traineau à chiens, nous avons donc une bonne partie commune et nous pourrons suivre ses traces. Une nouvelle fois, il nous tuyaute bien sur les passes pour changer de fjord et sur l’état la banquise.



Jour 4
Grand soleil.
Etape montagneuse pour changer de fjord et gagner le  fjord Paakitsup. On traverse le grand lac de Tasersuaq pour filer plein Est dans une gorge qui nous mène à la grande descente sur le fjord. Julien nous double, nous ne croiserons plus personne les 9 prochains jours…


Bivouac sur le plateau face à la calotte. Il fait -35°C.

On découvre les limites de notre équipement : les fermetures éclair de la chambre de la tente et du double toit ne fonctionnent plus (alors qu’elles avaient été vérifiées en avant le départ), il faut les préchauffer au briquet et les beurrer avant de s’en servir, les tirettes métalliques des fermetures éclair des chaussures BCX6 2017 de Fisher, neuves de trois jours, cassent et des trous apparaissent au niveau de la zone de flexion des chaussures BCX6 2016 de Fisher, neuves aussi de trois jours. Nous sommes en fixation NNN BC et l’un d’entre nous a la version Auto : impossible de déchausser il faut verser du thé chaud dessus puis rentrer les skis dans la tente pour les faire dégeler. Très pratique.

Jour 5
Grand soleil.
Grosse descente dès le réveil. Et longue traversée du Paakitsup. 

Des sastrugi rendent cette traversée pas très skiante. En revanche, c’est sublime, des hautes murailles entourent le fjord. Il fait un froid glacial. 


Nous campons au milieu de la passe qui permet de rejoindre le fjord Kangerluarsuk.


 Il fait toujours -35°C. Il faut raccourcir l’élastique des arceaux de la tente. Toujours sympa de faire des nœuds à main nues par -30. Tout est gelé, pain, salami, fromage, confiture, seuls le beurre et le dentifrice résistent. Des aurores éclairent le ciel. La nuit est froide, nous mettons toutes les couches possibles et dormons avec le masque.
Jour 6
Grand soleil.
Etape de montagne. La levée du camp est horrible il fait vraiment froid. Nous montons à un petit col entre deux lacs en suivant les traces de Julien. La descente sur le fjord se termine par 10 mètres assez verticaux en rocher pour finir sur une rivière en glace vive. C’est folklo mais très joli. 


Enfin on débouche sur le fjord tout plat. 

La vue porte loin c’est immense et même un peu déprimant quand après 3 heures de skis rien ne semble avoir changé.
Au moins nous avons le temps de faire connaissance. Nous  bivouaquons dans un bras du fjord : Qaanngulik. Il fait -38°C. C’est la troisième nuit en dessous de -35 et cela ce fait sentir. 

La fermeture éclair de la porte avant de la chambre de la tente rend l’âme, nous la calfeutrons avec le tapis de sol de secours. Celle à l’arrière fonctionne à grand renfort de beurre, crème hydratante et briquet. Les peaux de phoques ne collent pas, les fixations auto sont constamment gelées, les rondelles des bâtons cassent, il faut encore raccourcir les élastiques des arceaux… Grosse concertation, nous avions prévu d’atteindre Eqip par le grand fjord d’Ataa et d’en revenir par les montagnes de Timaani Inussuit mais camper dans ces conditions est un peu rude. Il faut que cela reste des vacances !! Nous décidons donc de faire un camp de base de 3 jours à cet endroit et d’atteindre la muraille d’Eqip en aller retour sans les pulkas puis d’aller voir le grand fjord d’Ataa toujours à la journée sans les pulkas également.


 Jour 7
Nuageux.
Suprise au réveil, le ciel s’est un peu couvert, il fait -20°, un grand plaisir, d’autant que nous n’avons pas à lever le camp. Nous partons dans les montagnes dans l’espoir que le front du glacier soit accessible à la journée. Nous traversons un chapelet de lacs dont la glace est sublime. 

Tout est soufflé, l’enneigement est vraiment limite, nous déchaussons plusieurs fois. Enfin, derrière le dernier lac, la pente commence à descendre. Encore une crête à franchir et cette fois ca y’est l’immense glacier se révèle avec d’un côté la calotte et de l’autre les immenses fjords d’Atta et de Torsukatak au loin. Nous voilà donc devant le glacier Eqip, notre but, à 90 km du point de départ. 

La descente sur la muraille est impraticables en ski et donc encore moins avec les pulkas donc pas de regrets pour la boucle. A quelques centaines de mètres de la tente, nous trouvons une belle surprise : de l’eau liquide que je découvre malgré moi en passant mon pied déchaussé à travers une croûte de neige. Ma chaussure et ma guêtre sont mouillées mais on a de l’eau à volonté ! Pas de corvée du soir !!
Les duvets ont un peu séché, un vrai plaisir après 30 km dans les montagnes

Jour 8
Grand soleil.
Nous partons en direction du fjord d’Ataa. Le temps est radieux, la banquise parfaitement lisse et bien glissante surtout sans pulkas. Nous apercevons nos premiers trous de phoques. Peu à peu les bords du Kangerluarsuk semblent s’estomper et on atteint enfin le bout du ford. 


Puis la vue s’ouvre sur le fjord Ataa. Au sud comme au nord les distances sont gigantesques, d’abruptes falaises bordent le fjord et de nombreux phoques bronzent au soleil.  

C’est magique. On s’en retourne à la tente après une journée de 40 km. Nouvelle grosse réflexion qui nous quittera pas de la semaine : comment retourner à Ilulissat sans passer par le même chemin. Il serait possible de rentrer par le fjord d’Ataa mais Julien craignait des conditions de banquise moyenne. Entre temps il a fait plusieurs jours en dessous de -35 donc peut être que ça s’est amélioré…


Jour 9
Grand soleil.
Nous décidons de jouer la prudence et de rentrer par le même chemin, en effet nous voulons garder des jours pour explorer le Kangia et ses immenses icebergs. Bivouac au même endroit qu’à l’aller : entre deux lacs au milieu de la passe qui permet de rejoindre Paakitsup. 

Le soir je monte au dessus des lacs, au point 471 m. La vue est sublime entre fjords et calotte.


 Jour 10
Grand soleil
Nouvelle traversée du Paakitsup.

 Nous faisons un essai plutôt concluant de séchage des duvets par sublimation en les étendant sur la pulka. 

Bivouac sur le plateau après une grosse montée. La récompense est là : une lune immense se lève au dessus de la calotte. C’est féérique. 

En plus, nous trouvons un petit lac avec de grosses crêtes de compression d’où suinte un précieux liquide : de l’eau. La température est désormais supportable -20°C.

 Jour 11
Suprise au réveil, premier jour de mauvais temps. 

Légers vent, brouillard et neige. Heureusement l’étape est courte on se laisse glisser jusqu’aux cabanes d’Avannarleq où nous passons la nuit. Nous commençons à penser que les dieux sont avec nous, pour notre seule nuit de mauvais temps nous sommes en cabane !

Jour 12
Très couvert.
Journée historique pour certains : on se dirige vers la muraille du glacier d’Avannarleq pour monter sur la calotte polaire. Il fait toujours mauvais. 

Trois godilles sur le glacier plus tard nous nous dirigeons vers le fjord Kangia. 
Cette année les icebergs ont été pris très tôt dans le Sikuiuitsoq et nous évoluons très vite au milieu d’immense blocs.
Nuit historique pour tous : nous installons la tente sur la banquise pour une nuit au dessus de 800 mètres de mer. Dur de ne pas avoir une petite appréhension au moment de se glisser dans le duvet.
Lors du repas un drame survient, je craque une allumette dont la tête en feu tombe sur l’autogonflant qui se perce. Heureusement nous avons deux tapis de sol en plus. L’un sert déjà à calfeutrer la porte, l’autre servira désormais de vrai tapis de sol.


Jour 13
Retour du grand soleil,. 

Nous partons pour le Kangia en descendant le fjord Sikuiuitsoq. Nous longeons tantôt des murailles de glace, passons sous des arches, enjambons des blocs en équilibre, à chaque iceberg dépassé, un autre apparait, plus gros, plus déchiqueté, plus bleu, plus lisse… 




Nous arrivons finalement au bord du fjord Kangia qui charrie tous ces géants et pique-niquons sur les hauteurs du cap Kujuammut Nuaa. 


La vue est époustouflante, il y a des icebergs partout qui laissent tout d’un coup place à une belle banquise lisse puis enfin la mer bleue foncée.

 Le retour sera encore plus grandiose sous la lumière du soleil couchant qui se illumine les grands murs de glace. 


Arrivée à la tente le verdict tombe : il fait à nouveau en dessous de -30. On retrouve notre routine polaire… de déchaussage de skis et de fermeture éclair. Grosses aurores pendant la nuit.

Jour 14
Nuageux.
Retour sur Ilulissat. Nous déposons nos vivres en trop dans l’une des deux cabanes de pêcheurs située en bord de fjord. Nous parcourons d’une traite la piste de traineau et installons notre camp à 500 mètres de l’aéroport.
Le soir, l’envie d’un vrai repas se fait sentir : nous enchainons le gouter au Pisiffik, le repas au Kangia Cafe et le dessert à la station service. Ca fait du bien.

Jour 15
Grand soleil.
-30 °C au réveil, idéal pour faire les bagages, plier la tente, brosser les skis, les pulkas. Heureusement l’aéroport est assez vide et le gros de la tache est effectué à l’intérieur.
Retour à Copenhague sans encombre, il fait 20°C dehors. La douche à l’hôtel nous permet de retrouver un aspect présentable ! 

Jour 16
Retour à Genève puis en France, non sans perdre 2h dans les bouchons du salon de l’automobile
Côté matériel :
3 pulkas snowsled avec brancard
3 paires de ski nordique en NNN BC Auto ou Manuel. Les fixations manuelles ont toujours fonctionné correctement contrairement aux auto constamment gelées (même pour la fixation intacte)
3 paires de chaussures (Rossignol BCX 10 et Fisher BCX 6 2017 et 2016). Pour les trois modèles, bon confort thermique mais la qualité des Fisher laisse à désirer. Les deux paires étaient neuves et ont toutes les deux présenté des points de faiblesse au niveau de la fermeture éclair (jusqu’à la casse pure et simple) ou du point de flexion.
1 réchaud Trangia à alcool et un réchaud MSR à essence (bien pratique d’avoir deux réchauds quand il faut faire l’eau pour trois)
1 tente 4 saisons Jamet 3 places (trop petite) il faut vraiment prendre une place en plus par rapport au nombre de personnes.
1 GPS, une balise SPOT
La région est cartographiée au 1/100 000 ou au 1/250 000

Côté budget
1 460 euros TTC au départ de Genève. Avec notamment par personne 1 144 euros pour les vols Genève-Groenland, 55 euros d’hôtel et environ 250 euros d’achat sur place (bouffe, carburant…)

Pour finir
Avec quasiment 12 jours de soleil, dur de trouver des points négatifs au séjour. La stabilité de la météo est vraiment le plus de la région. L’enneigement semble quand même une grosse limite  pour le ski de raid. Beaucoup d’endroits sont pelés avec de grandes portions de pierrier apparent ou de rivières en glace vive. Nous avions imaginé de multiples variantes et plan B mais beaucoup se sont révélés impraticables à cause du manque de neige. Il faut vraiment viser les fonds de vallées et la banquise. Peut être que la calotte est skiable mais cela fait tout de suite transporter beaucoup de matériels en plus. Au final, 270 km de parcouru dont 200 km avec les pulkas


 
Modifié il y a 3 ans
 Bonjour,
Nous avions un série 27 complet
http://www.pyrene-bushcraft.com/27-7-ul-ha-trangia,fr,4,TRA-160277.cfm
 Pour les durées je dirais que ca prends 25 minutes pour faire 1.5l d’eau bouillante en utilisant de la neige. Je pense que ca perd pas mal d’efficacité en début de bruleur et en fin de bruleur ou la flamme est moins grosse
L’avantage c’est que ca démarre tout le temps, c’est incassable, pas besoin d’en emporter deux ou de prendre des pièces de rechanges. C’est aussi très stable donc on l’utilisait dans la tente intérieure sur une planche en contre-plaqué. Et y’a une poêle pour une éventuelle papillote de poissons !
 La a deux on avait pris 5l et on a utilisé un peu moins de 4.5l. Si on n’avait pas fait les 2 nuits en cabanes avec le poêle à pétrole on aurait eu pile la quantité. Sachant qu’on n’en a pas abusé si ce n’est 10 minutes tous les matins pour réchauffer les chaussures. A refaire pour 15 jours complets sans cabanes, sans moyens de se procurer de l’eau autrement que par la fonte je pendrai 6l.
Après faut voir ou l’on va, si y’a des rivières non gelées, des refuges, des magasins en cours de route….
[justify]Si un jour ca peut servir à quelqu’un voici un petit CR de notre rando à ski la dernière quinzaine de mars 2016 à la baie de Disko
 
A la recherche d’une destination un peu exotique pour la rando nordique annuelle nous nous sommes décidés pour la baie de Disko. La logistique est relativement simple, la ville d’Ilulissat est bien desservie en avion, il y a des magasins, pas d’ours polaires, quelques abris de repli en cas de pépin et le coin offre tout ce que l’on veut voir : des glaciers côtiers, de la banquise et bien sûr des icebergs.
 
Préparatifs :
Deux compagnies desservent Ilulissat : Air Iceland via Reykjavik et Air Greenland via Copenhague. Le choix se porte sur Air Greenland qui propose, pour cette destination, des billets moins chers que sa concurrente. Les billets ont été achetés en novembre 2015 pour un départ en mars 2016 (en janvier 2016 ils étaient toujours au même prix…smile
Le tronçon Paris/Copenhague se fera avec Air France.
Nous avons chacun deux bagages en soute (sac normal + ski ou pulka)
Air Greenland autorise 2 bagages en soute à condition que l’ensemble ne dépasse pas 20 kg, tout excédent au delà de cette limite coûte 11 euros le kilo. 
Par contre pour Air France il faut acheter en plus le 2ème bagage en soute
L’horaire très matinal du vol aller pour le Groenland et très tardif du vol retour nous oblige à passer une nuit à Copenhague à l’aller comme au retour. On réserve donc une chambre double au Copenhague Go Hôtel situé à 1arrêt de train de l’aéroport (Arrêt Tarnsby, un train toutes les 15 minutes). A noter qu’il doit être interdit de dormir dans l’aéroport de Copenhague, on a vu des patrouilles réveiller des gens.
Deux cartes aux 1/100 000 couvrent la région en vente chez Aventure Nordique.
 
Jour 1
Départ de Roissy, et la personne à l’enregistrement veut nous faire payer plus de 45 euros pour les skis et pulkas au prétexte que ce sont des équipements spéciaux et non de simples bagages supplémentaires. Les choses s’arrangent avec la responsable et les 45 euros déjà payés sur internet lors de l’achat du billet feront l’affaire (comme c’était indiqué sur le site internet !).
A Copenhague, les billets de train pour se rendre à l'hôtel s'achètent  au niveau de la récupération des bagages sur des bornes rouges automatiques.
Lits séparés à l’hôtel, notre matériel occupe toute la chambre. On savoure notre dernière nuit au chaud. 
 
Jour 2 
Levé matinal et dernière douche avant 15 jours. Le vol pour le Groenland est à 9h00 du matin, retour à l’aéroport en train et petit contre-temps : il y a 10h de retard annoncéesfaute de personnel pour piloter l’unique airbus d’Air Greenland. 
On reçoit en échange un chèque déjeuné. On s’inquiète d’arriver de nuit puisqu’on a rien réservé sur place.
Bien que nous portons sur nous nos gros vêtements (anorak, pantalon de ski) et nos chaussures de ski, la pesée des bagages nous angoisse, le verdict tombe : 39 kilos pour 40 autorisés …. ouf. Heureusement nos bagages à main n’ont pas été pesés !
Le vol se fait en 3 tronçons. 5h pour aller à Kangerlussaq. On y change d’avion pour passer d’un Airbus de 250 places à l’un des Dash 8 de 30 places de la compagnie. Puis 45 minutes pour se rendre à Asiaat, petit village au sud de la baie de Disko ou l’on embarque des gens sans descendre de l’avion et enfin 20 minutes pour le tronçon final jusqu’à Ilulissat. 
Il est 22h quand on arrive, l’aéroport se vide rapidement, les touristes prennent les navettes payantes de l’Arctic Hotel ou les nombreux taxis et les groenlandais se font chercher pour effectuer les 3 km qui séparent la ville de l’aéroport.
Nous voila seuls dans le hall, il faut sortir les pulkas, monter les brancards, déballer les skis puis trouver la piste de traineau qui longe la route. Évidemment  il fait nuit, -10°C avec du vent et du brouillard… Heureusement tout est enneigé on skie sur la route sur 500m en direction de ville puis on s’écarte pour tomber sur la piste et enfin on monte la tente dans la tourmente. On y est !
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Jour 3
Le temps est toujours ignoble, on gagne la ville pour faire les courses, nous avons amené de France uniquement 2 kilos de semoule…
Au dos de notre carte 1/100 000 il y a le plan détaillé d’Ilulissat avec les magasins, et on se repère facilement. On a trouvé 2 Spars assez petits ouverts de 7 à 23h mais c’est à Pisifik qu’on fera nos courses, il est au centre de la ville, la route enneigée nous permet de l’atteindre à ski et pulka depuis la piste. C’est une vraie grande surface ouverte de 7 à 21h avec tout le nécessaire pour la rando : purée, biscuits, pâtes chinoises, fromages, charcuteries, pain de mie, beurre, flocons d’avoine, confitures… En revanche il est en rupture de stock d’alcool à bruler. Direction le Spar pour tenter notre chance mais pareil : plus d’alcool. C’est finalement au Spar du sud de la ville qu’on trouvera notre bonheur (on commençait à avoir peur !). Pour info il s’agit d’une bouteille bleue avec écrit Spirit dessus et pour lutter contre l’alcoolisme, l’éthanol dénaturé est vendu à la caisse pas la peine de le chercher en rayon. A noter que dans les 3 magasins il y avait de l’essence à réchaud en rayon.
Il est midi, le ciel se dégage nous partons pour le fjord Sikuiuitsoq toujours sur une piste de traineau.
Au bout de 100m un Groenlandais nous sermonne car nous sommes au milieu de la trace. Il s’agit d’une veritable autoroute , chien de traineau à pêcheurs, chien de traineau à touristes, motoneiges, pour le silence et la solitude on repassera ! 
On campe un peu plus loin, la routine s’installe, préparer l’eau pour les thermos, pour le manger, faire les sandwichs du lendemain…
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Jour 4
Plus de vent et le soleil fait fuir les nuages, il fait beau. On dépasse une cabane pointée sur la carte dont l’état est déplorable. Elle est gérée par la municipalité d’Ilulissat. Il est spécifié en anglais qu’elle est réservée aux chasseurs et pêcheurs  et non aux touristes. Rien à voir avec les abris scandinaves, sang, merdes et poils de chiens tachent  le sol et clou du spectacle,  un chien mourant est carrément attaché par la patte à la banquette avec du fil de nylon. Au retour, 10 jours plus tard il y aura à la place une marre de sang…
Dans l’après midi on gagne le fjord, ouf ! il est bien gelé, là on est vraiment au Groenland, banquise de 30 km encastrée entre de hautes falaises, au loin le glacier côtier de SermeqAvannarleq se dessine.
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Jour 5
Exploration du fjord sans les pulkas jusqu’à son estuaire où il se jette dans le fameux fjord Kangia, le joyau de la région (peut être du pays ?) qui charrie les plus gros icebergs de l’hémisphère. La belle banquise lisse du Sikuiuitsoq laisse place au pack démonté du Kangia et on  évolue entre crêtes de compressions et icebergs encastrés dans la banquise : c’est grandiose.
Le soir on tente de percer la banquise à la hachette pour pêcher, on s’arrête après 70 cm sans atteindre l’eau…
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Jour 6
On traverse le Sikuiuitsoq pour aller sur sa rive Est jusqu’à la calotte. L’ambiance est très sauvage, plus de traces, plus personne, on s’élève peu à peu vers le glacier par un chapelet de lacs.
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Jour 7
Journée sans pulkas pour gagner la calotte, 3 jours que le temps est excellent, il fait beau et froid : -22°C à la tombée du jour. La vue sur la calotte est un peu décevante, elle nous surplombe et pas moyen de grimper une montagnette pour avoir un point du vue et dominer l’islandsis.
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Jour 8
Retour sur le fjord Sikuiuitsoq et direction le glacier côtier de Sermeq Avannarleq. Toujours grand beau avec -10°C. On atteint les huttes pointées sur la carte au fond du fjord. Ces dernières, gérées par l’agence World of Greenland, sont propres, équipées d’un poêle à pétrole. Le bonheur après 7 jours de camping, on va pouvoir faire sécher les duvets et les chaussures. La nuit coûte 150 DKK par personne à payer à l’agence à Ilulissat. Il n’est que 14h alors on monte un sommet dominant le glacier. Super vue sur le fjord et le front du glacier et grosse descente dans 50 cm de poudreuse légère. Le soir après 1h d’intense réflexion le poêle fonctionne enfin : les affaires sèchent !
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Jour 9 
Journée sans pulkas et visite du front du glacier, haute muraille de glace qui domine la banquise. Des débris d’icebergs et de pack empêchent de l’approcher à moins de 200 m. On visite aussi la vallée du « glacier mort » qui n’atteint plus la mer. L’absence de crevasse nous permet de le remonter sur qq centaines de mètres, histoire de skier sur le 2èmeplus grand glacier du monde ! On aurait pu envisager une journée complète sur la calotte qui semblait peu crevassée. 2èmenuit à la hutte ça fait vraiment du bien.
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[justify]Jour 10
Toujours grand beau, on remonte la rive ouest du fjord (300 m de dénivelée) pour gagner le grand lac de Tasersuaq. Un sommet nous nargue de l’autre côté, on laisse les pulkas pour l’ascension. Super vue, on est à 676 m ce qui est haut pour la région ! On domine la calotte, les fjords du nord et l’océan (entièrement en eau), au loin on voit les montagnes de l’ile de Disko. Il fait froid : -25°C.
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Jour 11 et 12
Nos 2 seuls jours de mauvais temps : grosse neige, jour blanc, pas de visibilité, on tente de regagner Ilulissat par le nord et la côte océanique mais il faut traverser le massif de Pakitsuup Nunaa. On y voit rien, il y’a des raidillons partout, des affleurements rocheux, des congères gigantesques, 1 m de neige fraiche…On vise la gorge de Qoororsuaq et sa piste de traineau  qui nous semble être la seule voie de descente vers l’océan. A l’entrée de la gorge, on déchante : il s’agit en fait d’une véritable cascade de glace de 100 m de large avec plusieurs ressauts, encastrée dans des barres rocheuses déneigées par le vent. Impossible de passer par là,  on fait demi-tour : on était à 10 km de l’océan. Nous redescendons sur le fjord Sikuiuitsoq par une autre piste de traineau toujours dans la grisaille pour gagner notre itinéraire de l’aller. Sur le fjord, nous croisons un groupe de français emmené par l’agence 66° nord.
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Jour 13
Retour du soleil et du froid, -20 au réveil, on gagne Ilulissat d’une traite. 
 
Jour 14
Après avoir trouvé un campement discret non loin de la ville,  nous prenons la direction du Kangia pour une journée sans les pulkas. On suit une piste de traineau à travers le massif de  Qaqqarsuatsiaq sur une dizaine de km jusqu’à une hutte. L’itinéraire est ponctué de points de vue grandioses sur le fjord et ses immenses icebergs. A l’arrivée, une bande banquise nous permet d’explorer les abords du fjord et surtout de pêcher dans des failles : 3 rascasses immangeables ! La cabane était propre, équipée d’un poêle à gaz, de tarières … Belle journée parmi les icebergs, le soleil et le froid sec !
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Jour 15 
Météo moyenne et exploration de la côte océanique sans les pulkas au nord de la ville, peu de neige, pas de banquise, pas de poissons. On plante la tente à 500 m de l’aéroport.
 
Jour 16 et 17
Retour à Copenhague et en France.
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En bref :
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A refaire, le Kangia à lui seul vaut le détour pour ses icebergs, et le front du glacier Sermeq Avannarleq est absolument grandiose. A noter quand même que le coin ne se prête pas trop aux grandes envolées en pulka, l’enneigement est très hétérogène, il y a beaucoup de raidillons morainiques, de rognons rocheux… On avait prévu à la base un AR jusqu’au glacier Eqi, mais les déplacements sont difficiles en dehors des pistes de traineaux, rien à voir avec les grandes vallées scandinaves. On a donc préféré de faire une journée sur deux sans les pulkas.
  Mais cela une reste une destination bien accessible avec un engagement modéré.
Il est assez stressant d’avoir une correspondance entre deux compagnies différentes avec des billets complètements indépendants…
 
Coté prix:
L’ensemble du voyage nous a coùté 1450 euros/personne bouffe comprise au départ de Paris pour 15 jours complets sur place. 
Avec notamment :
Copenhague/Ilulissat AR : 891 euros/ personne dont 50 euros d’assurance annulation 
Paris Copenahgue AR : 244 euros /personne dont 90 euros pour avoir le droit à 2 bagages en soute.
-Hotel à Copenhague: 80 euros la chambre de deux
 
Coté matériel : 
2 pulkas Snowled avec brancard recyclé Fjellpulken, skis nordiques Salomon montés en SNS, chaussures salomon X adventure, un gps, une balise Spot, une tente Trangoworld 2 places trop petite qui nous a bien gâché le séjour : 3h par soir et 2h par matin arc bouté en tailleur à attendre que l’eau se fasse… réchaud à alcool Trangia et duvet -25°C synthétique, une paire de crampons pour deux (qui a servi sur le fjord parfois en glace) à refaire on en prendrait une chacun ! SFR et Bouygues passent aux alentours d’Ilulissat.
 
Quelques chiffres : 
12 nuits en tente, 2 en cabane, 220 km parcourus dont la moitié sans les pulkas, 11 jours de soleil, 2 jours blancs, 1 nuageux, de -10°C la journée à -20/-25°C les nuits, nuit à 21h30, jour à 4h45, quelques aurores pâlichonnes, 0 animal (si on ne compte pas les corbeaux) 
 

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Modifié il y a 4 ans
Bonjour,
En préparation de mon prochain voyage à ski, je souhaitais changer un peu de destination après plusieurs fois en Scandinavie.
La chaine de Brooks au nord de Fairbanks (Alaska) a l'air assez propice au ski nordique notamment au départ de Coldfoot ou Arctic Village pour des boucles de 3 semaines en mars/avril.
Si jamais certains d'entre vous  sont déjà allés et ont des conseils à me donner : acheminement, climat, impression générale, cartographie et aussi si ca vaut vraiment le coup d'aller dans cette chaine de montagne aux sommets peu élevés pour voir des paysages qui d'après Google Image ne semblent pas si différents que la Scandinavie du nord.
Sinon je suis aussi preneur d'infos si vous avez skié dans les montagnes a proximité de villes telles que Dawson ou Whitehorse qui sont beaucoup plus faciles d'accès.
Merci d'avance
Pierre
Modifié il y a 5 ans