Traversée en A/R du Vercors Sud

Effectué le 30 et le 31 Janvier

Conditions : de tout, de la belle poudreuse au verglas en passant par de la neige humide et du carton…

Itinéraire (pour plus de précisions sur certaines sections, voir le topo traversée du Vallon de Combeau à Corrençon)
- Jour 1 : départ du terminus du vallon de Combeau (en gros le gîte d'étape), Cabane de l'Essaure, Col du Creuson, Bergerie de Chamousset, pas de la Chèvrerie, orientation au mieux vers le point côté 1701 sous Tourte Barreaux, Jasse de Peyre Rouge, plein Ouest pour retrouver le GR puis remontée de la Plaine de la Queyrie, Pas de(s) Chattons, remontée au Nord-Ouest pour retrouver la tranchée qui amène au Pichet puis la route forestière de Combeau, Pré Grandu, route forestière de la Coche puis avant la fin à gauche vers le gîte des Liottards.
- Jour 2 : Les Liottards,…., Pré Peyret, GR jusqu'au Quatre Chemins du Jas Neuf puis cap à l'Est pour arriver au mieux aux ruines du Jas de l'Echelle, toujours plein Est pour retrouver le haut plateau et direction pas de la Coche que l'on descend jusqu'au vallon.

Avis : très belle boucle, surtout J1, long, être vigilant sur les horaires et les conditions météo; le J2 peut être déstabilisant pour l'orientation entre les Quatre Chemins et le haut plateau…

PS : il s'agit d'un itinéraire suivi mais pas nécessairement recommandé ni optimal.
Modifié il y a 11 ans
Voici le récit de Decalogue sur R.L de sa traversée des Hauts Plateaux du Vercors en hivernal et en autonomie.
Récit:

"L’itinéraire que je prévoie de suivre est le suivant :
J1 : Accès par le vallon de Combau, Chamousset, Chamailloux, Peyre Rouge, Pré Peyret
J2 : Pré Peyret – Tiolache du Milieu
J3 : Tiolache du Milieu - Corrençon en Vercors
En prenant pour 4 à 5 jours de nourriture, ce qui me réserve de la sécurité en cas d’imprévu ou de mauvais temps.
En effet, la météo prévue est assez incertaine : J1 et J2 sont à peu près corrects, J3 est très mauvais, J4 très incertain. Point positif, les températures doivent rester douces (isotherme 0° à 1500m), avec peu de vent. Le risque d’avalanches est assez élevé (niveau 3), mais l’itinéraire que je compte emprunter ne comprend pas de pentes exposées, et je compte passer bien au large à l’Ouest des contreforts du Grand Veymont. Par prudence, j’ai entré tous les way points sur le GPS et les ai également reportés sur mes cartes. J’ai prévu d’arriver à Die au petit matin par le train de nuit à 05h17, ensuite un taxi me montera à Combau, avec un début de marche aux environs de 6h30.

La suite a été un peu différente et ma tentative quelque peu avortée.

J1. D’abord, le train a une heure de retard. Heureusement, je peux prévenir le taxi, qui m’attend sans me faire payer de supplément. Surtout, la météo est extrêmement dégradée : depuis Valence, il pleut des cordes, ce qui n’était absolument pas prévu même la veille au soir. Je décide tout de même de monter, j’aviserai une fois là haut, quitte à changer mon plan rando. Vers 600m d’altitude, la pluie se transforme en flocons épais. Au dessus de Bénévisse, la chaussée est recouverte de 10cm de neige humide. Faute de chaînes, les pneus contacts ne sont d’aucune aide. La voiture patine, puis cale en pleine montée. On doit s'arrêter là. L’altimètre indique un peu plus de 1100m. J’aide le taxi à négocier la marche arrière. Il est 7 heures. Il fait -1°. Aucun bruit. Je suis seul.
Dans un petit jour glauque, humide et balayé par les rafales blanches, je remonte à pied la D515 en direction du gîte de Combau. Longue montée dans le jour gris qui se lève. J’arrive en vue d'une bâtisse un peu avant 8 heures du matin. Personne, à part deux renards qui s'enfuient. Déjà plus de 2 heures de retard sur mon plan initial ! Je m’abrite sous un auvent, secoue ma veste et mon protège sac recouverts de neige, puis prends mon petit déjeuner. Ca cesse de tomber. Je vois même que ça se dégage un peu. Alors, je décide de continuer, de m'engager sur les hauts plateaux, quitte à faire demi tour ou de m’arrêter à l’Essaure ou à Chamailloux.
Juste après la bâtisse, on devine à peine une trace de ski recouverte de neige fraîche. La neige est très lourde. Elle ralentit ma progression. Je tire au plus évident, décidant de rester au fond du vallon à remonter par le ruisseau, dans les bois. Quand le paysage se dégage un peu, je vois les bords de la vallée, puis c'est la première bergerie. Au final, je vais mettre 1h20 pour rejoindre l’Essaure ! Près de la cabane, des bâtons de skis plantés dans neige. De la fumée sort de la cheminée. Il y a bien 1m50 de neige. J'entre, doucement, souhaitant ne pas surprendre les occupants. J'y trouve les skieurs de la trace, certains encore en train de s’éveiller. Ils m’expliquent être partis tard la veille et n’avoir pu continuer jusqu’à Chamailloux en raison de la météo. Je prends une tasse de café chaud, une barre et puis je les laisse à leurs préparatifs pour m’engager en direction de Chamousset, en contournant à vue et bien par l’Est les pentes du Col de Greuson. Plus aucune trace, tout est vierge. Arrivé sur Pré Mouret, vers 1800 m d'altitude, pour la première fois de ma vie je dois faire appel au GPS parce que j’en ai vraiment besoin. Ce n'est plus du jeu, ce n'est plus de l'entraînement, c'est la réalité. Je suis dans le brouillard, visibilité 15 à 20 mètres. Il n’y a pas de cap à la boussole possible.
Ce coin est terrible. J’ai quelques grands moments de solitude vers 1850m, filant au nord-ouest dans le jour blanc. En plus, le problème c'est que je n’ai pas assez bu la veille et que j’ai des grosses crampes dans les cuisses. Ces foutues crampes m’obligent à m’arrêter tous les 10 à 15 pas, ce qui me ralentit effroyablement. Je parviens à les gérer en buvant très régulièrement, restant à la limite du blocage musculaire.
En avançant ainsi de façon heurtée, décousue, parfois en zigzag en raison du GPS, je parviens à deviner tout près de moi un poteau dans le brouillard. Ca y est, maintenant je sais que je surplombe la bergerie de Chamousset. Evidemment, cette bergerie est vide, une porte entrouverte sur une dépendance en planches mal jointives me laisse entrevoir la possibilité de s'y abriter en cas de besoin. Le petit vallon qui suit la bergerie m'offre une progression plus facile, mais les crampes sont toujours là. En remontant vers le pas de la chévrerie, j'aperçois les contreforts du Mont Aiguille à la faveur d'une éclaircie. Je me fais un trou dans la neige et décide ici de faire une pause, de prendre un rapide déjeuner. Il est à peine midi. Je sais qu’avec le retard du train, la route enneigée, le brouillard et surtout maintenant mes crampes, je n’ai pas vraiment la marge suffisante pour rejoindre Pré Peyret dans la journée.
D'ailleurs, la neige se remet à tomber dès la fin de la pause. J’arrive à Chamailloux vers 13h, en évitant de couper les pentes au plus direct et en filant bien vers l'Ouest. La neige tombe drue, le brouillard enveloppe tout dans une chape de silence majestueux. Je décide de me planquer dans cette cabane jusqu’au lendemain. A l'intérieur, le sol de bois est tout humide, la table de fer absolument sale, encombrée de déchets. J'ai quand même un stock de bois à peu près sec qui me permet d'allumer un bon feu, de sécher mes vêtements et de faire fondre de la neige pour refaire de l'eau. Vers 15h, les skieurs croisé à la cabane de l’Essaure me rejoignent dans la cabane. Ils sont blancs, recouverts de neige, les épouses exténuées. L’après-midi se passe à discuter et à se réhydrater. A 17h arrive un groupe guidé par un accompagnateur et venant de Pré Peyret. L'accompagnateur ressemble à un Yéti, sa coiffe en fourrure est pleine de neige. Ses stagiaires sont détrempés, grelottants, on voit que certains en ont vraiment assez. La cabane est déjà bien occupée par toutes nos affaires qui sèchent. Heureusement, ils dormiront dans la bergerie privée un peu en contrebas. Mes lyophilisés sont dégueulasses. A moins d'un miracle côté météo, je sais que je vais devoir probablement réviser mon plan de route.

J2. 7h30. Tous le monde dors encore. Je pointe mon nez dehors. C’est le presque jour blanc, la visibilité est à 30 mètres. Il neige encore. Les traces de la veille sont presque effacées. Je rentre et continue à me planquer, rallumant le feu. Ca me laisse au moins le temps de petit déjeuner et de préparer tranquillement mon sac, en veillant à ce qu'il soit parfaitement équilibré. Mais que c'est long d'attendre ! A 10h, un peu de ciel bleu perce le blanc du ciel. Je décide alors tout de même de tenter le passage vers la Jasse de Peyre Rouge. Par acquis de conscience, je vais jeter un oeil sur le pas de l'Aiguille, voir s'il y a une retraite possible par là qui m'éviterait de faire demi tour. Je m'en doutais: la descente semble clairement avalancheuse, les pentes ne sont pas purgées. Je tente donc vers le nord. Ce qui est bien, c'est que je sens au bout de quelques pas que les crampes de la veille ne réapparaîtront pas.
Le brouillard se lève tout doucement. Aucun bruit. Les nuages forment maintenant un couvercle gris qui plafonne vers 1800m, ce qui cache les sommets avoisinant. Je progresse d’abord au GPS, puis à la boussole. C’est très sauvage, c’est magnifique, c’est immense. Un zone sans chemin, sans GR, sans rien. Le relief est composé de dunes de neige parsemées de petits bois qu’il faut passer au plus facile, sans perdre son cap. Au bout d'une heure 1/4, je repère au loin un gros truc qui me semble être un cairn sur une crête et qui doit correspondre à mon point 1700m. A moins qu’il s’agisse d’un arbre ? De dune en dune, de montée en descentes, j’atteins ce point. Bingo, il s’agit bien d’un immense cairn au ¾ enseveli sous la neige. De là, je repère au loin une croix. Difficile d'apprécier les distances avec la nébulosité. De cette croix, je domine la bergerie de Peyre Rouge, bâtisse massive, close, fermée et ensevelie sous la neige. Des corniches de près d'un mètre se sont formées sur le toit. Il est midi. De cette bergerie, je dois rejoindre la plaine de la Queyrie et suivre le tracé d’une ancienne voie romaine qui desservait une carrière sous la tête de la Graille. Je passe au mieux, évitant les pentes les plus raides pour rejoindre le fond du vallon parcouru par du vent froid. En face, le ciel est carrément noir, menaçant. Des skieurs sont déjà passés par là récemment.
Profitant de leurs traces, ma progression devient plus aisée. A 12h30 je suis à la cabane de Pre Peyret. A peine arrivé que la pluie s’abat sur moi. Il est temps de s’abriter pour déjeuner et décider de la suite.
J’entre. La cabane est vraiment très sale. Le sol est détrempé. Il y a déjà beaucoup de monde réfugié ici, dont un groupe. Impensable de rester à attendre jusqu’au lendemain ! D’un autre côté, rejoindre la Jasse du Play dans l’après-midi cela va être très sportif, surtout si je dois faire la trace tout du long. Ca ne fait que 10 ou 11 km à vol d’oiseau, peut-être 15 km en réalité. C’est plutôt du plat voire de la descente, mais mon expérience de la veille et du matin me montre qu’il ne faut pas hésiter à doubler les temps de marche. La météo est très médiocre : jusqu'ici, les prévisions manquent totalement de fiabilité, ce sont des sortes de giboulées de neige qui s'abattent toutes les deux heures. Et puis, je n’ai pas envie de me retrouver le dernier arrivé à Jasse du Play, à devoir dormir sur la table, sur le banc ou, pire, sur un sol mouillé. Mon instinct me dicte plutôt de bifurquer sur le col de Rousset et de trouver un endroit où dormir en contrebas. Parfois, il faut savoir s'adapter aux éléments.
C’est cette option que je prends. J’attends que la pluie cesse et oblique plein ouest. Les paysages sont magnifiques, avec au travers des nuées des vues sur le plateau du Veymont d’un côté et sur le Pison de l’autre. Le vallon de Romeyer est magnifique en été, en hiver c’est un paysage à la Tolkien dans lequel on se prendrait à voir voler des dragons. Quand à là où je passe, et bien retour à la réalité, c’est une vulgaire autoroute à touristes ! Je croise au moins 5 personnes, sur une trace tellement marquée par les randonneurs que je suis au chalet des Ours en 1h30, au milieu des remontes pentes et des skieurs de la station de ski du Rousset. Fin du rêve sauvage ? Non ! Désireux de ne pas être trop près des vacanciers, je choisis de prendre une sente oubliée à travers bois, qui mène vers Combe Mâle et descend ensuite vers une piste forestière. Jusqu’à la piste, c’est plutôt très tranquille, reposant et les arbres - mélange de feuillus et de résineux - me protègent un peu de la neige ou de la pluie quand ça se remet à tomber. On sent l’odeur des épines, celle des plantes. Cependant, arrivé sur la piste forestière, c’est les pires conditions de neige que je rencontre. Il fait trop chaud, je suis très bas (1200m), et je m’enfonce… ! Je vais mettre plus d’une heure pour faire 1,5 km et 200m de dénivelée à la descente, sur une piste ! C’est nul et pourtant physiquement je me donne à fonds. C’est mon record à battre côté lenteur et pénibilité !
Dans la vallée, sous une pluie de neige fondue, je trouve un gîte dans le hameau des Liottard. La nuit sera neigeuse, venteuse et orageuse.

J3 : Remonter sur les hauts plateaux ? C'est à dire me taper 500 m de dénivelée positive et couper au Nord Est vers Jasse du Play, sans way points ? Faisable, mais vu le temps pourri et les conditions de neige lourdes d'hier entre 1000 et 1200 mètres, ça ne me tente guère. Et pourquoi pas aller à La Chapelle en Vercors ? Ou Vassieux en Vercors et attraper le GR93 ? Je n’ai pas les cartes pour cette dernière option. Entre les deux, un chemin évident permet de monter jusqu’au col de St Alexis à 1220 m et, de là, de tirer plein nord vers La Chapelle sur des pistes à priori damées, donc rapides pour progresser. La petite montée au col St Alexis se fait dans cette foutue neige mole, ce qui va me prendre plus d’une heure trente pour 220 malheureux mètres de dénivelée : moins pénible toutefois que la veille à la descente, parce que le chemin est raide et qu'il y a donc moins de distance à couvrir pour monter. Mais cela confirme ma théorie de la progression lente dès lors que la neige est mauvaise. C’est terrible et désespérant, mais je commence à en avoir l’habitude de cette lenteur, c’est même ma grande découverte de la randonnée en raquette – alors qu’en été, si je vais à bloc, je fais entre 900 et 1000 mètres à l’heure (mais pas pendant plus d’une heure), ici c’est plutôt du 150m à l’heure en brassant.
Arrivé au col St Alexis, je prends sur les fameuses pistes de ski de fond, heureusement sans croiser personne (parce que sinon je me serais bien fait allumer, bien qu’en faisant attention à passer sur le côté). Il y a des traces d’animaux partout, notamment des traces de cervidés, en tout cas des animaux suffisamment lourds pour s’enfoncer de 10 à 15cm dans la neige là où d’autres traces restent très superficielles. Il paraît que c’est une zone où les loups s’attaquent aux troupeaux. Je suis donc toujours seul, ça tombe bien, c'est ce que je suis venu chercher. Comme tous sentiers en balcon, celui-ci offre de belles vues sur la vallée qu’il domine. Passant au milieu d’une très belle forêt, ce chemin me permet d’arriver au gîte de Foulletier en moins d’une heure trente, puis de descendre tranquillement sur La Chapelle.
C'est à nouveau les premières odeurs de diesel, les premières voitures. J'évite au mieux de passer sur la route, en suivant une ancienne voie romaine. Arrivé au centre du village, l'office du tourisme m'apprend qu'il y a un bus vers 18h30 qui arrive à Romans, avec de là possibilité d'aller sur Valence ou Grenoble. Même si ça me fait plusieurs heures d'attente, autant prendre ce bus, parce que de toute façon pour quelqu'un comme moi il n'y a rien à faire dans ce bled ! Avec un peu de chance, je pourrai ensuite récupérer le dernier train pour Paris et assister à mon séminaire de droit des affaires le lendemain matin à 9h. En attendant, une petite crêperie m'accueille. Heureux les provinciaux qui pour moins de 5€ peuvent se prendre une crêpe au bleu et un double café ! A la nuit tombante, le bus arrive. Le chauffeur me demandera si je suis "chasseur alpin" et me fera tout un discours convenu sur les parisiens qui eux ne connaissent pas la montagne, etc. Ce qui me fait sourire. Romans - Valence TGV par un TER qui remonte jusqu'à Briançon : ça me tente un peu d'aller jusqu'à là haut … mais non ! Le TGV est là.
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Jolie expérience et beau retour de son périple!
Modifié il y a 10 ans
Merci pour le retour…cela permet de se rappeler que les conditions météo sur les longues distances propres au nordique jouent un rôle essentiel dans la difficulté.
Bravo pour ta persévérance en te souhaitant de reprendre l'itinéraire un jour de grand beau !
Modifié il y a 10 ans