Mésaventures dans les Chics-Chocs Canada

sylva

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Durée : Plus de 4 jours

Difficulté : Moyenne

Pulka : non accessible

Raid nordique en Gaspésie - Québec

Les Mines Madeleine sont une partie du parc de la Gaspésie que notre correspondante québécoise n’avait pas encore explorée. Sylva nous dévoile ses déboires dans ce secteur exceptionnel des Chics-Chocs. Une histoire telle qu’on les aime…

4 commentaires

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La découverte d’un magnifique secteur du parc de la Gaspésie que je ne connaissais pas, celui des Mines Madeleine, m’a consolée de mes petits malheurs, et appris beaucoup de choses !

»

18 janvier
Jeudi après-midi, c’est enfin le départ de Montréal. Au moins 6 ou 7 heures de route nous attendent. Nous passerons la nuit dans un motel à Rimouski.

19 janvier
Embarquement vers 8h30 pour Sainte-Anne-des-Monts. La route est longue le long du Saint-Laurent, mais nous en profitons pour faire le plein de paysages maritimes.

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Arrivés dans le parc, au centre d’interprétation, le temps est venu de préparer les bagages et le matos. Nous allons nous rendre dans un refuge à 13 km de là. Au risque d’en choquer quelques-uns, les gros bagages et la nourriture seront acheminés par motoneige et nous nous contenterons de nos sacs de jour. À midi, le petit groupe se met en marche. Nous nous dirigeons vers le secteur des Mines Madeleine, dans le massif des Monts McGerrigle. Nous ne sommes que cinq clients avec la compagnie Détour Nature dont quatre raquetteurs. C’est la première fois que cette organisation propose ce forfait et c’est pourquoi nous ne sommes pas plus nombreux. Comme c’est un terrain mixte, le voyage est proposé tant aux skieurs qu’aux raquetteurs et me voilà seule du clan des randonneurs nordiques.

Nous empruntons une route fermée l’hiver ; seuls les motoneigistes y ont accès puisque certains freeriders vont s’épivarder sur les hauts plateaux. Il faut dire que nous entrons dans la réserve faunique des Chics -Chocs dans laquelle ces véhicules motorisés sont autorisés ; une fois sur les sommets, nous serons dans le parc de la Gaspésie proprement dit et dans les zones d’extrême préservation. Mais tout le monde dit simplement les Chics-Chocs.

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Il fait un temps superbe! Un magnifique -9 degrés avec un ciel bleu carte postale. Au sol, un bon 70cm de neige. Les traces de motoneiges sont là; il est plus facile de glisser dedans. Je déroge à l’une des règles de la randonnée nordique mais qu’importe! Je ne bouderai pas mon plaisir. Autour de moi, le paysage est à couper le souffle; les grands conifères de la forêt boréale recouverts de neige et une rivière cascadant au bas d’un petit ravin défilent tout le long du trajet. Au loin et tout autour de nous se déploient les grands massifs des Chics-Chocs et des McGerrigle avec leur majesté alpine malgré leur modeste altitude. Par contre dans cette mer de montagne, on compte une trentaine de sommets de plus de 1000m.
Au km 6, la pente s’accentue et devient très engageante pour le reste du parcours. Moi qui suis en ski, je me retrouve loin derrière les raquetteurs! Mon moteur tourne au ralenti ce week-end. Cette longue montée me vaudra une superbe ampoule, ma première en carrière.

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Refuge des Mines Madeleine

Finalement le refuge apparaît, planté en plein milieu d’un cirque juste au dessous des hauts plateaux. Nous voici rendus aux Mines Madeleine. Il s’agit d’une exploitation abandonnée depuis au moins trente ans et les bols et les murs qui nous entourent ont été sculptés par les mineurs. Puisque la nature a repris ses droits, les pentes se sont recouvertes de forêt. En fait, notre refuge est l’ancien logis des employés et puisque nous sommes dans la réserve faunique nous avons droit à tout le confort moderne outre le poêle à bois; électricité, douche, four et frigidaire. Nous y passerons les trois prochaines nuits; après un bon repas, l’heure du coucher est bientôt arrivée.

20 janvier
Environ -15 degrés. Le temps se couvre… Nous nous levons très tôt et le petit déjeuner passe mal pour une lève tard comme moi. En plus nous allons amorcer la journée en montant le col (450m et 2km) pour arriver sur les hauts plateaux or j’ai un peu la trouille puisque j’ai une tendance au vertige… Mais tout se passe super bien : je ne vois presque rien en fait et les pentes ne m’effraient pas trop. Nous voilà bien vite rendus sur les immenses plateaux. Là, les motoneiges sont interdites (d’ailleurs, en plusieurs endroits, elles ne peuvent passer) et les chenillettes rebroussent chemin. Devant nous se multiplient les épinettes dont seule la cime émerge de l’épais couvert de neige. De deux à trois mètres de poudreuse se sont accumulés. Il vente, la visibilité est extrêmement réduite. Avec le facteur éolien, la sensation thermique est d’environ -25 degrés. Nous bifurquons vers le petit mont Saint-Anne (autour de 1150 mètres). Une modeste pente de neige durcie et glacée et nous y voilà. Je suis heureuse de faire un sommet même si c’est plus le lot des raquetteurs que celui des amateurs de glisse. Je suis fatiguée et cet estomac noué m’a empêchée de consommer tout l’apport calorifique dont j’ai besoin. Petite pause. Il est temps de boire et de manger un peu. Manque de bol, mon thermos tombe et je perds la plus grande partie de mon thé! J’ai encore mon camelback (le tube est isolé au néoprène, recouvert de deux couches de laine polaire et enrobé de duct tape). Cette fabrication personnelle devra faire l’affaire, non ?

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Nous redescendons vers les plateaux et mes peaux de phoques me permettent d’aborder cette descente glacée avec candeur. J’ai gardé mon duvet et le convoi se met en marche. Bizarre; je suis en mouvement, bien emmitouflée et malgré tout j’ai froid. Jamais je n’ai eu de problèmes de froid. Le terrain s’avère magique; l’épaisse couche de neige, les arbres comme des fantômes nous entourent de toutes parts. Il ne faut pas s’approcher de ces conifères car il est très facile de tomber dans une trappe à neige. En effet, des poches d’air se forment à travers les branches et une fois piégé, il est compliqué et épuisant de sortir de là. Pentes douces et serpentins parmi les arbres.

Le guide nous dit qu’il a aperçu des caribous. Pas de veine; nous étions en arrière et nous ne les avons pas vus mais leur magnifique petit ravage dans un petit lac de haute montagne nous accueille. Selon les traces, pas loin d’une dizaine d’individus s’y seraient couchés.
Le vent souffle, nous allons nous abriter et il faut amorcer une descente. Pour les raquetteurs, c’est un jeu d’enfant mais pour une skieuse nordique, c’est la galère… Entre les trappes à neige, les bosses, les pentes et les skis qui s’enfoncent sous un mètre de neige. Je fais de mon mieux. Le guide Denis me dit qu’on restera sur les mêmes courbes topographiques et que nous longerons le flanc de la montagne. Je ne suis pas convaincue mais je profite de la pause avec mes coéquipiers. Je ne peux toujours rien avaler, j’ai toujours aussi froid et ma camelback expérimentale est gelée (voilà la leçon qui m’attendait depuis longtemps : mes bricolages naïfs ne fonctionnent pas dans cet environnement digne de l’arctique). Disons qu’en Laponie, ça allait. Je suis en déficit d’énergie. Je m’hydrate grâce à la générosité de mes camarades et je tente péniblement d’avaler un morceau. J’ai envie de convaincre Denis de reprendre le chemin parcouru et là, surprise! Il remarque ma botte; la semelle est complètement décollée et un bon centimètre de neige glacée s’est accumulée entre celle-ci et le chausson. Voilà donc pourquoi j’avais froid. Je sors une chaufferette (hotshots) qui sera malencontreusement déchirée à sa sortie de l’enveloppe et je constaterai par la suite son inefficacité.

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Notre guide : Denis Saint-Amand

Nous revenons sur nos pas : j’apprécie à nouveau ce panorama exceptionnel. Nous retrouvons le chemin des chenillettes et le petit cabanon. Denis et trois équipiers nous laissent Louisette et moi. Ils retournent se balader sur les plateaux et nous redescendons la pente vers notre refuge. Je me laisse glisser avec allégresse dans le blizzard et nous croisons un véhicule amenant des freeriders. Ceux-ci doivent partir avec un guide à cause des risques d’avalanche.

C’est le temps de profiter d’une belle soirée d’hiver. On a mis une bûche dans le poêle, le plat de la soirée est prêt après avoir mijoté à feu très doux. Le ciel se dégage; dans la lumière rosée et magique d’une fin de journée, nos coéquipiers reviennent. Relaxation avant le souper. Au menu; douche, apéro et observation des caribous qui se profilent en haut des cols environnants. Les pilons de poulet mijotés aux légumes et au cari nous réchauffent les cœurs et le palais et de gentilles bouteilles de vin sont ouvertes. Le guide tente une opération de sauvetage de ma botte en la réparant au duct tape. Dehors la voute céleste brille de milles feux et la journée du lendemain s’annonce magnifique.

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21 janvier
Il est 6 h du matin et la lumière du matin irise de rose et de bleu le massif des Chics-Chocs visibles au loin. Encore une fois, j’ai de la difficulté à engloutir toute la nourriture dont j’aurai besoin. Nous partons. Denis et moi en skis. Il traîne une paire de raquettes et là-haut je les enfilerai. Ma botte fermement maintenue dans les sangles d’attache de la raquette sera ainsi plus sécurisée. Dans la montée, j’ai une vue cristalline et panoramique des dénivelés sur lesquels on monte. La gorge me serre, le vertige me prend. J’y vais pas à pas et trouve le moyen d’admirer le paysage. Rendue en haut, je suis bien heureuse. Avec le ciel bleu cobalt et le temps clair, les paysages sont simplement magiques. Je tente une prise de liquide et de calories et j’enfile les raquettes. Mes skis sont laissés près du cabanon. Je ne suis pas au top mais très heureuse. Il fait entre -17 et -20 degrés mais le temps est sec. Le petit groupe part sur l’épais matelas neigeux. Nous sommes à environ 750m du cabanon et je jette un coup d’œil sur ma botte; elle est complètement ouverte. Denis m’a laissé un des talkies-walkies; contact radio. La décision est prise; je retournerai au cabanon et enfin au refuge et il poursuivra avec les autres.

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Rester là-haut pendant au moins six heures avec une botte complètement ouverte et un peu remuée des émotions de la veille; cela ne me semble pas une bonne idée. Je suis seule mais le trajet est très court et ces 45 minutes de solitude en ces contrées isolées seront parmi les plus belles que j’aurai vécues durant ce séjour. J’en profite pour savourer chaque moment et faire de la photo. Tout ce qui m’entoure est à couper le souffle. Les massifs au loin, les traces de caribous, les fantômes (conifères enneigés).
Le froid commence à se faire sentir car une botte ouverte a le même effet qu’une porte ouverte à la maison. Je reprends mes skis et je garde les peaux de phoques car la neige est très durcie et la descente risque d’être incontrôlable si je les enlève. Je me laisse glisser sur la pente et m’enivre du paysage qui m’entoure; c’est vertigineux mais heureusement j’arrive à bien en profiter.

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Des skieurs arrivent au refuge. Ils vont emprunter le sentier de ski de randonnée nordique et se rendre jusqu’au lac aux Américains à 9 km de là. Ils retourneront au Gîte du Mont-Albert en fin de journée. C’est la neige qui les attire car dans le reste de la Gaspésie, il n’en est pas tombé beaucoup. Les deux à trois mètres accumulés là haut ne sont rien comparés aux 4 à 5 mètres de neige habituels. Ils m’invitent à les accompagner sur une partie du sentier. Cette fois-ci nous nous dirigeons non pas vers les massifs mais plutôt en contrebas vers la forêt. Je les suis sur environ 1,5 km jusqu’à ce que mon ampoule m’ordonne le retour aux Mines Madeleine. Entretemps, je profite de la beauté des lieux; forêts et cols dénudés forment le panorama. Le reste de la journée s’écoule entre les séances de bronzage et l’observation des caribous qui encore un fois se profilent au loin.
Louisette revient la première (cette femme d’environ 70 ans a de l’énergie à revendre !) et finalement apparait le reste de l’équipe. Ils se sont lancés dans l’aventure puisqu’ils ont choisi de s’engager dans un col (40 degrés) très abrupt et un ravin truffé de trappes à neige.

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La dernière soirée se termine avec un coucher de soleil mémorable, une fondue au fromage et des discussions au coin du feu. Malgré les contraintes, c’est l’une des plus belles journées d’hiver que j’ai connues de ma vie.

22 janvier
C’est le jour du retour. Il fait gris et assez doux (entre 0 et -4 degré environ). La pluie commencera plus tard dans la journée (et bousillera les conditions de ski nordique dans plusieurs régions du Québec). Ma botte est non seulement tapée mais aussi attachée avec de la ficelle! Cette fois, j’enlève les peaux de phoque, je fonce vers le sentier, rejoins la route et me lance sur la longue descente qui dure la moitié du trajet. Je parcours les 13km en une heure malgré l’ampoule qui me fait souffrir.
Puisque je suis arrivée bien avant tout le monde, le guide Denis étant parti après les autres pour compléter le rangement, j’en profite pour aller siroter un super bon chocolat chaud dans le foyer-salon du gîte du Mont-Albert. Tout le monde se retrouve et se raconte ses dernières foulées et c’est le grand départ pour Montréal vers l’heure du dîner. Nous serons arrivés à destination à peu près 10 heures30 plus tard.

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Pendant cette excursion, j’aurais connu toutes sortes de difficultés que je n’avais jamais vécues auparavant. J’aurais dû renoncer à certains des plus beaux parcours que j’ai rencontrés depuis que je m’adonne à la pratique du plein air. La skieuse en moi est restée sur sa faim. Par contre, l’expérience que j’ai acquise est inestimable; j’ai vu comment de petits problèmes et de grossières erreurs peuvent s’enchainer et provoquer une situation critique et ce, dans un environnement extrême. Je suis devenue une meilleure skieuse et une meilleure randonneuse. Mon expérience des grands froids s’est enrichie et je suis heureuse d’avoir vécu ces situations dans un contexte plus favorable que celui de l’Arctique. Mais il faut savoir que les massifs où nous étions ne sont pas accessibles en motoneige et ceux qui veulent les découvrir doivent absolument y aller avec des gens qui connaissent le terrain. Une chute malencontreuse et le grand froid peuvent tout faire tourner à la catastrophe. Les secours peuvent être très longs à arriver.
Pour ma part, ce n’est que partie remise. Je retournerai sur ces montagnes magiques dès que l’occasion se présentera à nouveau.

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Liens web utiles :
fleche_droite.png Informations sur les parcs et réserves au Québec
fleche_droite.png Idées d’itinéraires au Canada
fleche_droite.png Excursions et voyage de plein air : www.detournature.com

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sylva

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Ne vous méprenez pas; loin de moi l'idée de quémender des compliments mais puisque il s'agit là d'une destination inconnue, j'aimerais bien avoir des impressions ou commentaires.
Surtout des questions si vous en avez, et je serai ravie de vous répondre. L'hiver est maintenant loin mais qu'importe. De mon côté, ce site m'a fait découvrir les innombrables poosibilités que vous avez en Europe du Sud.

lynx18

lynx18

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merci pour ton récit et ta lucidité concernant tes petits "pépins " , Sylva
Que décides tu au sujet de tes chaussures pour l'hiver prochain ?
Tu as bien raison, l'expérience que l'on acquiert après certaines erreurs est inestimable, et servira forcément pour les raids à venir o^k

sylva

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Pour mes chaussures, je vais dans les magazins en octobre et j'achàte un truc qui va avec mes fix Roteffela. J'ai des ski des 1998 assez long et pas trop paraboliques. J'aurai peut-être la tentation d'acheter une nouvelle paire mais j'aime mes bons vieux Madshus Voss 666.
Je vais surtout du ski de fond mais l'an prochain je veux multiplier les occas de SRN.

Régis Cahn

Régis Cahn

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Merci Sylva pour ta publication.
Saches que ce genre d'article est lu et donne des idées… C'est souvent ingrat d'écrire car il n'y a pas toujours de retour.
En ce qui me concerne, je puise mes idées de futur itinéraire dans ce type de récit et on apprend des trucs utiles en lisant les commentaires des uns et des autres.
Alors merci et continue !
Et les autres, suivez la trace :-)